Pour ne pas vivre seul
On vit avec un chien On vie avec des roses
Ou avec une croix
Pour ne pas vivre seul
On s'fait du cinéma on aime un souvenir
Une ombre, n'importe quoi
Pour ne pas vivre seul
On vit pour le printemps et quand le printemps meurt
pour le prochain printemps
Pour ne pas vivre seul
Je t'aime et je t'attends pour avoir l'illusion
De ne pas vivre seul, de ne pas vivre seul
Pour ne pas vivre seul des filles aiment des filles
Et l'on voit des garçons épouser des garçons
Pour ne pas vivre seul
D'autres font des enfants des enfants qui sont seuls
Comme tous les enfants
Pour ne pas vivre seul
On fait des cathédrales où tous ceux qui sont seuls
S'accrochent à une étoile
Pour ne pas vivre seul
Je t'aime et je t'attends pour avoir l'illusion
De ne pas vivre seul
Pour ne pas vivre seul on se fait des amis
Et on les réunit quand vient les soirs d'ennui
On vit pour son argent, ses rêves, ses palaces
Mais on a jamais fait un cercueil à deux places
Pour ne pas vivre seul
Moi je vis avec toi je suis seule avec toi tu es seul avec moi
Pour ne pas vivre seul
On vit comme ceux qui veulent se donner l'illusion
De ne pas vivre seul.
Publié par ecrirecesthurler à 15:14:55 dans Maux en vers | Commentaires (7) | Permaliens
Publié par ecrirecesthurler à 20:50:31 dans Maux en vers | Commentaires (2) | Permaliens
Je suis un grain de sable comme un brin de fable. J'ai lu des histoires qu'on ne m'a jamais contées. J'ai appris la vie seule, mal retenu mes leçons, moi la si bonne élève. Je n'en fais qu'à ma tête. Je suis éprise de ce vent de liberté, moi la si jeune condamnée. Celle qui veut vivre après la mort, revivre après la guerre.
Trop d'années de souffrances et d'enfermement. Trop d'années à subir, gémir et ne rien dire. Trop d'années à me lire, à l'intérieur de moi. Trop d'effroyables souvenirs, cailloux noirs sur mon chemin étoilé. Trop d'épouvantables lueurs, rais éteints de mon coeur, que parsèment encore quelques fois, les trophées que le temps ressasse, les détritus que la vie ramasse.
Publié par ecrirecesthurler à 09:23:04 dans Maux en prose | Commentaires (1) | Permaliens
J'ai passé 8 ans à n'être RIEN, à être un jouet, le jouet de leurs espoirs, de leurs folies, de leurs caprices, de leurs sévices.
8 ans à tout accepter, tout donner, tout recevoir, tout perdre.
8 ans à me traîner à leurs pieds, à lécher leurs peaux, à engloutir leurs langues, à serrer leurs corps, à recevoir leurs sexes.
8 ans de non-être, de non-vouloir, de non recevoir.
Tout donner pour ne rien avoir. Tout offrir pour aucun plaisir...
Ils ont brisé mes rêves de contes de fées. Ils ont pourchassé mes princesses, broyé mes lutins, écartelé mes poupées, souillé mes peluches.
Je n'étais plus une enfant avec des rêves plein la tête. J'étais devenue une esclave avec du sang plein les jambes et le ventre noué de peurs. Je n'étais plus RIEN, une petite fille sans vie, celle que je nomme "fantôme". J'obéissais sagement, j'attendais patiemment. Je vivais mes journées repliée sur moi-même, toute recroquevillée de honte et de douleur.
Ils venaient se servir de moi à leur guise, au gré de leurs désirs. Ils venaient profiter de moi sans se soucier de ce que je devenais, de ce que je ressentais. Ils aimaient leur jouet à leur façon, ils l'aimaient pour eux, pour leurs plaisirs personnels. Moi, je pensais que c'était cela aimer et faire plaisir. Je pensais qu'il fallait donner aux adultes ce qu'ils réclamaient de moi. Sans réellement réclamer, mais plutôt en se servant seuls d'ailleurs... J'étais leur repas, leur goûter, leur dîner. J'étais leur apéritif, leur vin, leur alcool, leur drogue. Ils ne pouvaient plus se passer de moi. Je me serais bien passée d'eux, moi...
Une loque, un pantin, un bout de chiffon crasseux, une infâme guenille qu'on trimballe de pièce en pièce pour faire le ménage. Voilà ce que j'étais. RIEN. Je n'avais d'utilité que sexuelle. je n'avais d'entité que sexuelle. Je n'avais de vie que sexuelle. Je n'avais d'espoir que de mort... Peu importait le reste, peu importait le jour, je ne vivais que de nuit, que de cauchemars, que de bruit, que de larmes. Je ne vivais que pour eux, que par eux. Une dépendance non-affective, affligeante. Un lien sordide m'unissant à ces monstres, outre celui du sang, celui du don, celui du devoir. Un lien qui sentait les vomissures. Comme un cordon ombilical crevé qui laisse encore échapper quelques relents.
Publié par ecrirecesthurler à 21:56:19 dans Inceste / Viols | Commentaires (5) | Permaliens
J'ai toujours eu peur de la nuit.
Je me suis toujours arrangée pour fuir la nuit.
J'ai toujours pris plaisir à ne pas aimer la nuit.
Je ne veux pas la laisser me prendre, me surprendre, de ses bras glacés, de ses pas feutrés.
Je ne veux pas la laisser m'engloutir, m'assoupir, de ses yeux cachés, de ses bruits faussés.
La nuit, les gens sont gris, les gens sont tristes.
La nuit, les gens parlent et partent. Comme ils sont venus. A demi-mots, à demi-voix. Et leurs chuchotements me bercent d'innommables comptines à faire frémir le plus aigri des loups, à faire pâlir le plus hardi des fous.
La nuit, les gens meurent dans d'étranges souffrances, issues de leurs vastes errances. Ils se décomposent, ils se dispersent. Ils m'indisposent et m'agressent.
La nuit, les gens crient, dans leurs maladies, vermines contagieuses dans leurs yeux sombres et hagards. Agglutinés comme des amas de sordides vomissures, les enveloppant d'une âcre tiédeur.
La nuit, les gens ne dorment pas. Ils restent debout, spectres lourds et mous. Ils cognent leurs têtes à leurs murs intérieurs pour chasser leurs cauchemars et dissiper leurs peurs.
La nuit, les gens sourient, ébahis, étourdis. Ils ont ce regard froid de peines et de haines. Le regard impromptu et ininterrompu que le brouillon de leurs vies leur rejette au visage, que les silences de leurs cris leur hurlent de rage, que le brouillard de leurs cerveaux leur vole leurs plus belles images.
Publié par ecrirecesthurler à 21:02:43 dans Maux en prose | Commentaires (2) | Permaliens
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