• Chapître 1 : Les métempsycoses (2ème partie)


    Quelques années après leur mariage, naquît Réginald, un petit garçon blond aux traits encore plus fins et plus féminins que ceux de ses parents. Au visage blême et farouche, aux lèvres et aux joues roses. Sa maman était folle de lui, délaissant son mari condamné à errer sans but, entre son atelier et le jardin. Toute son attention allait au petit ange qui grandissait trop vite. Désireux de prolonger cette symbiose protectrice, il restait enfant tout en étant déjà adolescent. Sa mère remarque qu'il s'intéressait beaucoup aux jeunes garçons qui le croisaient dans la rue. Et que, pour tenter de les séduire, il leur tenait des propos étranges. Étrangers. Il changeait pour eux sa façon de marcher, ses vêtements et sa voix. Il dérobait à sa mère des tubes de rouge à lèvres et des flacons de parfum. Mais pour tout cela, elle ne le réprimandait jamais, l'encourageant toujours, le félicitant même des conquêtes qu'il accumulait, observant avec tendresse le défilé de ces hommes plus ou moins féminins, et la métamorphose de son fils en femme du monde, somptueuse et grandiose.

    Son père, lui, ne sachant comment le juger, n'osant le condamner, se laissa entraîner par l'alcool et les hommes. Il fréquentait de moins en moins son atelier et de plus en plus les bars pour homosexuels, à la recherche de quelques aventures extra-conjugales et particulières, capables de lui faire oublier le quotidien de son ménage.

    Une nuit d'abandon et de solitude, le jeune garçon éphémère poussa l'étroite porte de cette pièce encombrée pour y découvrir la misère longtemps ignorée. Sur les étagères, parmi les pots austèrement alignés, certains étaient ouverts sur de la couleur sèche et rabougrie. D'autres empilés avaient dégringolé sur le sol, répandant au passage leur bile amère sur les toiles oubliées. Au centre, sur le grand chevalet, le dernier portrait représentait un visage fin et anguleux, au nez et aux lèvres bien dessinés. Un androgyne, une chimère mi-homme mi-femme au teint de porcelaine et aux yeux bleus. Un visage sans vie et presque sans couleur, qui ressemblait au sien à s'y méprendre. Une esquisse de la féminité masculine, une ébauche de l'éviration. Contemplant son reflet dans ce miroir esthétique, le jeune homme pensa qu'il aimerait rayer à jamais cette image de lui-même, qu'il voudrait être une femme, avec tout ce que cela implique, et plus seulement une âme de femme dans un corps d'homme.


  • Commentaires

    1
    Mercredi 7 Juin 2006 à 22:01
    Tu t"es
    enfin décidée à poster ce roman. Je commence déja à l'apprécier. Bisoux et bonne soirée, moi je la passerais sur les révisions.
    2
    Mercredi 7 Juin 2006 à 22:06
    J'attendais
    juste la réception de mes droits d'auteur avant de pouvoir le publier sous copyright. C'est chose faite alors je commence à l'égréner sur ce site, tout comme ma vie d'ailleurs. Biz à toi ;))
    3
    Mercredi 7 Juin 2006 à 23:33
    Te connaître
    Continue à  égrener ta vie et ton roman sur ce site. C'est un véritable plaisir de te connaître.
    4
    ecrirecesthurler Profil de ecrirecesthurler
    Jeudi 8 Juin 2006 à 22:50
    Je ne sais pas
    si c'est un vrai plaisir de me connaître, mais moi, en tout cas, je ressens un infime mieux à me dévoiler de cette façon...
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