• Chapître 7 : L'oiseau de nuit (1ère partie)


    C'est dans cette atmosphère de solitude et de détresse que Réginald rencontre Jennyfer, un noctambule travesti.

    Le soleil lui brûle les ailes sans qu'il ne s'en rende vraiment compte. Et lorsqu'il prend son envol, le vent emporte un voile bleu, dévoilant sa peau brunie. Un voile qui n'est là que pour taire la nudité provocante. Ou pour la dévoiler. Troublante nudité d'un corps féminin et d'un visage pourtant masculin. Souvenir de ce visage ambigu, d'un sourire vite étouffé par une main fine et longue, par les volutes de la cigarette, voilant à peine les lèvres rouges et les yeux fardés. Par de lourdes boucles d'oreilles s'agitant au moindre assaut d'un rire à la fois suave et cristallin.
    Souvenir de ce rire et de ces yeux qui pétillent.
    Le soleil l'attire un moment, et le sable et la mer. Et les amis qui l'attendent, assis sur la digue. Mais les baigneurs aux regards dédaigneux l'évincent. Comme le soleil, il ne fera qu'une courte apparition. Un voile bleu, une dentelle noire ou blanche. Les longs cheveux roux noués en catogan puis dénoués par la même main fine, longue et vigoureuse. Coquetterie, vertige de l'invraisemblable et du difforme, la main saisit un miroir et, progressivement, la femme s'installe en l'homme.
    Étrange métamorphose cosmétique. Superbe métamorphose génétique. C'est alors que le féminin rencontre le masculin, qu'ils se mêlent pour ne plus former qu'un seul corps, un seul être indifférencié.

    Lorsque la main dénoue les cheveux, lorsque les jambes fines et élancées franchissent d'un bon la digue en émoi, lorsque la caresse du bâtonnet rouge se fait sentir sur les lèvres chaudes, lorsque la démarche se fait légère et féline, la voix douce et suave, la femme a enfin devancé l'homme qu'elle traîne alors comme le plus lourd de tous les fardeaux, comme le plus immonde de tous les êtres. Souvenir d'une entrée triomphale, d'un petit bar, de quelques habitués et d'inconnus déstabilisés devant la nature humaine ainsi bouleversée, devant la répulsion et l'abjection de toute virilité, devant le masque de l'éviration. Quelques-uns uns se retournent sur son passage, d'autres vont à lui, sûrs de l'effet qu'ils produiront.
    Sans compter les verres se suivent, et la bière est son soleil. Ange déchu, il s'enivre pour revivre. Ange multicolore, il est le soleil de la petite ville estivale. Le soleil de minuit. Il est celui qui ne sort que lorsque la mer est noire sous le ciel étoilé. Lorsque les lumières de la ville scintillent et que l'on entend au loin les airs familiers de la salle de bar.

    Femme excentrique et violente de couleurs. Femme perverse dans ses moindres mouvements. La fatalité de son regard nous désarme et nous charme. L'ambiguïté de sa personnalité nous met en doute et nous déroute. Le double jeu de sa nature équivoque affole les hommes. C'est un oiseau qui ne vit que la nuit. Toujours sans dormir, il erre et sa travestit à l'infini. Du haut de ses talons aiguille, il court vers son rêve, sans s'accorder de trêve. La bière le grise et l'ennuie. Il ira danser jusqu'à l'aube, jusqu'au réveil. Amère prise de conscience : le jour se lève et il faut dormir pour faire comme tout le monde. Le monde qui est à l'envers. Le jour se lève et il faut manger, puis aller à la plage. Lui, devra dormir encore. Et lorsqu'il fera trop chaud, il daignera enfin sortir et se montrer dans les ruelles désertées ou sur la plage ensommeillée.


  • Commentaires

    1
    Mardi 22 Août 2006 à 23:59
    Bisouxx et bonne nuit
    douce Flo. J'ai lu en survol, j'attend d'avoir du temps pour commencer au début. Eve
    2
    Mercredi 23 Août 2006 à 00:17
    Merci Eve, t'en fais pas
    tu rattraperas ce retard que si tu le peux, rien n'est obligé tu sais. Ca me fait tout drôle de te dire bonne soirée ou bonne fin d'après midi... sourires. Bisous aussi.
    3
    Mercredi 23 Août 2006 à 00:43
    je viens juste de finir le chapitre 6
    ...
    4
    Mercredi 23 Août 2006 à 00:53
    je viens juste de finir le chapitre 7
    ...
    5
    Mercredi 23 Août 2006 à 08:52
    Honte ! Honte à moi...
    Je n'ai encore rien lu de ce roman ! Il faut que j'en fasse une version papier... parce que, sur écran,... Ceci dit, mon dernier (roman) est en suspens depuis un mois (voir Alice Label dans mes oubliettes)... Smack ici !
    6
    Mercredi 23 Août 2006 à 09:16
    Max, bonjour
    et oui? Qu'est-ce que tu en penses?
    7
    Mercredi 23 Août 2006 à 09:18
    Hello Bernard
    Je vous en ferai parvenir un exemplaire, promis... Vous avez aussi écrit un roman? Quel cachotier! Dans les oubliettes? Je vais voir ça... Smack aussi
    8
    Mercredi 23 Août 2006 à 09:24
    Là ou les JE naissent . . .
    "Est-ce ainsi que les hommes vivent ? "
    9
    Mercredi 23 Août 2006 à 09:36
    Dhimwoe, je ne sais pas
    s'ils vivent ainsi, c'est bien là le problème, je me pose des centaines de questions à leur sujet... d'où ce roman d'ailleurs, ou plutôt cet essai pour tenter de comprendre, d'en deviner certains. Bises à toi.
    10
    Mercredi 23 Août 2006 à 10:18
    J' ai lu jusqu' au bout, Flo !
    Joli portrait à double face, captivant, enrôlant... Bravo pour la performance. R.V pour la suite... Bises ici. Solange
    11
    Mercredi 23 Août 2006 à 10:22
    Merci Solange,
    Oui, ce sont les portraits de quelques amis, et de mon meilleur ami, aujourd'hui disparu hélas... la suite est écrite depuis tant d'années, j'en publie un chapître de temps à autre... RDV noté pour toi... sourires et bises
    12
    Mercredi 23 Août 2006 à 11:11
    J'aime
    belle plume, c'est marrant dans certains mots, certaines phrases j'ai l'impression que c'est moi :)
    13
    Mercredi 23 Août 2006 à 11:16
    C'est normal ma Véro
    on a presque la même façon d'écrire... on est pareilles toutes les deux, rappelle-toi... Bisous toi
    14
    Mercredi 23 Août 2006 à 11:28
    Hello Flo
    Je crois que c'est mon épisode préféré, mais j'avoue que je n'ai pas tout lu. J'aime beaucoup l'ambiguité et l'atmosphère glauque qui s'en dégage. Je sens la différence d'âge quand je vois le travail qu'il me reste à accomplir pour atteindre la maturité de ta plume. Bises ma vieille (je plaisante bien sûr)!
    15
    Mercredi 23 Août 2006 à 11:41
    French, quand j'ai écrit
    ce roman, j'avais 20 ans.....
    16
    Mercredi 23 Août 2006 à 11:52
    salut flo!
    la hantise de la femme fatale, à la marlene dietrich... :-)
    17
    Mercredi 23 Août 2006 à 12:02
    Bonjour Barbara, non
    pas la hantise, juste un besoin de comprendre la féminité et la virilité...
    18
    Mercredi 23 Août 2006 à 12:15
    moi j'aime bien le côté
    feminin dans un homme
    19
    Mercredi 23 Août 2006 à 12:15
    Quoi ???
    Je savais que tu l'avais déjà écrit il ya quelques années. Mais je ne pensais pas si jeune ! Eh ben, tu es douée, décidément. J'espère que je ne t'es pas vexée, ma belle.
    20
    Mercredi 23 Août 2006 à 12:25
    Non, French rassure-toi
    je ne me vexe pas si facilement que ça... et surtout je sais que ça vient de toi>. Alors comme je t'aime bien, je dis rien... mais je pleure en silence!!!!!!!!!!
    21
    Mercredi 23 Août 2006 à 12:26
    Tout comme toi Barbara
    j'aime aussi la féminité de certains hommes...
    22
    Mercredi 23 Août 2006 à 12:52
    hello Flo
    un bonjour en passant et gros bisous.
    23
    Mercredi 23 Août 2006 à 13:55
    Lol, Flo,
    ouf ! Je voudrais plutôt avoir le superpouvoir de te faire pleurer ...de rire. La féminité de certains hommes ? Chuuut, ça me fait penser à Maximgar et son histoire de maillot de bain 2 pièces dans un commentaire je ne sais plus où. Mais ça reste entre nous, hein. :D
    24
    Mercredi 23 Août 2006 à 14:02
    Plus sérieusement
    je suivrai cette étude sur le masculin-féminin attentivement car ça pourrait peut-être m'aider à savoir quelle forme de féminité chez les hommes plaît à la gente féminine. Et peut-être qu'un jour , je pourrais mettre le mot Féminité dans le Frenchmat Dico ;-)
    25
    Mercredi 23 Août 2006 à 14:07
    Bisous JC même
    si c'est trop tard et que t'es déjà reparti, lol...
    26
    Mercredi 23 Août 2006 à 14:10
    Si tu veux French
    je peux t'aider pour cette définition aussi... J'ai bien étudié la chose féminine et masculine... je sais de quoi je parle, fais-moi confiance. Quant à savoir ce qui ma plait chez un homme... c'est sa femme justement... Non, je plaisante!!!! C'est une part de féminité cachée... Je t'expliquerai ça...
    27
    Jeudi 24 Août 2006 à 10:49
    Tu
    ecris trop bien. Il y a en chaque homme un coté féminin, mais malheureusement pour eux c'est parfois une faiblesse de le laisse transparaitre. Domage. Bisous douce Flo.
    28
    Jeudi 24 Août 2006 à 10:58
    Bisous aussi Bonie
    les hommes ont bien d'autres faiblesses, va!! mais on ne peut pas se passer d'eux pour autant...
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