• Confrontation



    Si je me sens mal, en ce moment, c'est que je suis en train de réaliser ce qu'ils m'ont fait subir et que je le revis en même temps. Je veux aller trop vite car j'ai peur de te perdre et je ne me laisse pas le temps de digérer les traumatismes. Je ne prends pas assez de recul pour les surmonter.

    Le 9 octobre, je vais être confrontée à eux. Ce sera notre premier contact direct après bien des années. Pour l'instant, je me demande toujours s'ils se souviennent, pourquoi ils m'écrivent et me téléphonent, dans quel but?

    En fait, ils ne peuvent savoir la portée de leurs actes tant qu'ils n'auront pas fait face à ma souffrance et tant qu'ils n'auront pas compris combien j'ai été anéantie par ce qu'ils m'ont fait. Ils ont besoin de le comprendre à travers mes émotions. Si je sais les faire passer, ils ressentiront le mal tel que moi je l'ai vécu.

    Le psy est persuadé que, même si je suis en pleine crise de panique et tétanisée par la peur, je serais en mesure de leur dire ce que je ressens de façon honnête et cohérente, et ce, même si je n'arrive pas à contrôler mon émotion ou à trouver mes mots.

    Quand ils vont m'entendre dire, devant eux, comment j'ai vécu toute cette période, comment je me suis sentie après et comment je me sens maintenant, longtemps après, ça ne pourra les laisser indifférents.

    Si, au contraire, je porte un jugement sur eux, face à eux, ils vont se barricader pour ne pas être touchés par mes propos ou bien ils vont se retourner contre moi.

    Ne pas les juger, ça ne doit pas signifier pour moi que leurs actes ne sont ni graves ni condamnables, que le VIOL n'est pas un crime et qu'ils ne m'ont pas détruite. Il faut que je les responsabilise, que je leur fasse comprendre que c'est moi la victime, que ce sont eux qui ont un déséquilibre. Ils doivent prendre la responsabilité de leurs actes.

    Depuis 30 ans, je vis sous leur emprise et ils me montrent leur pouvoir et leur intimidation pour que je me taise. Quand je serai face à eux, ils vont encore essayer de me faire taire et de me dominer. Et moi, je ne dois pas les laisser faire ni m'enfoncer dans la victimisation. Si je sens leur pouvoir, je ne pourrai pas m'exprimer car je penserai avant tout à me protéger.

    Ils sont très manipulateurs et très forts, tous ensemble. S'ils parviennent à me ridiculiser, je n'aurai pas d'autre solution que de cacher ma souffrance et je ne pourrai donc pas les toucher.

    En conclusion, il faut que je trouve le bon discours pour parvenir à les déconstruire eux et à me reconstruire moi. Je dois leur montrer que je n'accepte plus ni leurs mensonges, ni leurs excuses, ni leurs justifications. Car rien ne peut excuser leurs actes. Je dois leur faire ressentir, à leur tour, la peur, la honte et la souffrance.

    Moi je n'ai pas su dire NON. Eux, il faut que je leur fasse dire PARDON. C'est ça qui me déculpabilisera complètement.


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 4 Juin 2006 à 22:47
    épreuve
    C'est une épreuve d'un autre genre, qui t'attend, mais cette épreuve-là , contrairement aux autres, sera une épreuve encore plus terrible pour ceux qui ont été tes bourreaux.
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