Les sanglots se brisent au bout de mes doigts, bleus et gercés. Le temps, comme une engelure, fissure le creux infime de mon silence. Le ciel moite et brouillé me trouble de détresse. Ma paume, froissée de rides, se noircit au fil des saisons. Ma page vierge se marre et crève l'abcès de l'absence.
Les violettes soupirent. Leur haleine suave, chargée des embruns, fouette l'impuissance des mots de délire. Les miroirs s'affrontent en reflets de prismes. La lune se promène dans mon regard flou. Mon corps se délie sous la pointe d'une langue acérée, se fêlant d'un rire gras. La brise échancre la nuit en son aube.
Les primevères s'empourprent de honte. Elles murmurent à l'oreille du saule en pleurs, jouent à cache-cœur dans les tendres ramures. Ballotté par le vent, son corps se brise dans les meurtrissures asséchées du lierre. La porte claque au nez d'une enfant. Un pas lourd résonne dans mes tempes. Un buste tatoué de larmes embrasse mes souvenirs, étreint ma main glacée. Je ne peux plus tremper ma plume dans des bourgeons naissants, ils sont souillés.
Un regard vide m'observe par la vitre crevée. Lumière artificielle, perçante, blafarde d'écume. Je crache ma bile sur la page vierge. L'or a quitté mon regard, enfui, enfoui sous la terre profonde. Il s'asphyxie de souffle, de soufre perdu. Je me suis échouée, sur les rives de mon enfance retrouvée, en milliers de fragments de peau couvertes de plaies surinfectées. J'ai peur que ces mains ne m'atteignent encore de plein fouet. Je grelotte face au regard glacé, ébréchée de sanglots. La main va m'atteindre. Je sens son haleine fétide sur ma peau fêlée. Elle me troue de douleurs.
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