• Vous m'avez imposé de multiples abus sexuels avec violence alors que je n'avais que 6 ans. Vous vous êtes servi de la honte et de la menace pour recommencer durant 8 années. Souvent, je pense que le suicide est une solution pour me soustraire à cette souffrance, mais, en fait, je continue de subir, de vivre et de souffrir.

    Aujourd'hui, j'ai perdu toute estime et abandonné tout espoir. Je me suis insensibilisée pour ne plus souffrir, pour ne plus réfléchir et surtout pour ne plus y penser. J'ai étouffé ma rage, ma souffrance et ma peine. J'en arrive à me sentir comme morte, étrangère à moi-même.

    Vous m'avez trahie. Je vous connaissais et j'avais confiance en vous. Désormais, je me méfie de tout le monde et particulièrement des personnes qui semblent aimables. J'ai peur de ne plus pouvoir jamais être proche de quelqu'un, de ne plus jamais être protégée.

    J'ai du faire face à toutes vos violences et vos envies. Tout mon corps a été atteint dans sa liberté et, pour ne pas sombrer, je me suis réfugiée dans le déni. Je pleure très souvent, je n'ai plus d'intérêt ni de plaisir à faire des activités que j'aimais pourtant.

    J'ai été anorexique pendant presque une année. J'ai de longues insomnies, des cauchemars horribles, des difficultés à me concentrer, des pensées de mort et de suicide.

    Je pensais avoir cherché, mérité tout ce que j'ai subi et je me sens si honteuse et si coupable.

    Même si on me répond que ce n'est pas de ma faute, je ne suis pas capable de l'entendre.

    .Il faut que je me raccroche à quelque chose. En m'en voulant à moi-même, je me donne le droit de me détruire et de me haïr. Toujours ce manque d'estime, de courage et ce sentiment d'infériorité face aux gens et aux situations. Je ne sais plus affronter les regards des autres, encore moins moi-même. Par désespoir et pour me punir, je me tourne vers la seule chose qui reste encore à ma portée : la destruction.

    Elle me soulage, me dit que je suis toujours en vie et que je vais payer pour ce que j'ai fait. A force de me mutiler physiquement, je ressens enfin quelque chose grâce à la douleur. Et, en même temps, je me punis d'être encore en vie, d'avoir subi cela. Tous les moyens sont bons pour me détruire et appeler au secours.

    Comment faire pour me faire parler? Comment mettre des mots sur ma propre mort? L'évocation de toutes ces scènes est si difficile à soutenir, à envisager. Je suis continuellement confrontée à l'absence de mots pour décrire l'innommable.

    Comment puis-je témoigner de la réalité du traumatisme que vous m'avez fait subir? Vous m'avez violée. C'est un acte criminel, une torture, une tentative de mise à mort. Vous avez nié mon identité, ma parole et mon refus. J'en suis restée désorientée et sans repères. Vous m'avez asservie à votre violence toute puissante. J'ai rencontré la Mort et le Néant qui m'ont laissée sans mouvement et sans parole. Je me suis effondrée physiquement et psychiquement. Je ne serai plus jamais "comme avant".

    Je vis dans la menace permanente. J'ai peur de ressentir et d'aimer, même de vivre.


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  • CONCLUSION : D'après Mlle... les éléments qui manquent concernent principalement la nature exacte des sévices qui lui ont été imposés, l'identité des personnes mises en causes et la réminiscence des faits près de 30 ans après les voir vécus.

    Ce second choc, ici plus traumatisant que le choc initial, puisqu'il est vécu de façon extérieure et plus ou moins consciente par la victime, est consécutif à un bouleversement des repères sur le plan professionnel. Mlle... qui souffre énormément lorsque certains repères lui font défaut, s'est vue changer d'affectation, de locaux et de collègues. Ses repères affectifs et spatiaux se sont amenuisés au fil des mois, laissant place à une quête de renouveau qu'elle n'a pas su mener à bien.

    De ce fait, elle s'est inconsciemment lancée sur la voie de la déconstruction en se retranchant dans son passé, puisque le présent et l'avenir la laissaient démunie et insatisfaite.

    Cette introspection au sein de son être propre a ravivé le passé, faisant ressurgir les douloureux souvenirs. C'est ainsi que les phénomènes de résurgence sont apparus, de plus en plus réalistes et bouleversants. La nature même de ces phénomènes fait que, non seulement la victime revit certains événements traumatisants, mais, de plus, elle se soumet à leur apparente réalité, ne faisant plus cas de ce qui l'entoure effectivement.

    Dans le cas présent, Mlle... devra apprendre à gérer ces phénomènes avec intelligence et persévérance. Sans les contrôler, elle devra les laisser se produire et y faire face sans pour autant chercher à les refouler.


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  • - Mlle..., dans quel état d'esprit êtes-vous en ce moment?
    - Des mauvaises pensées
    - Quel genre? Des sentiments négatifs
    - La mort est là
    - Des sentiments négatifs à votre égard ou envers d'autres personnes?
    - Les deux. Surtout envers moi-même
    - Comment est la mort?
    - Chaude
    - Chaude? Décrivez-nous un peu plus. Est-elle loin?
    - Non, toute proche
    - Réconfortante comme une issue ou bien vous fait-elle peur?
    - Non, je n'ai pas peur. C'est la délivrance, la paix avec moi-même
    - Pourquoi n'êtes-vous pas en paix avec vous-même?
    - Parce qu'elle est toujours auprès de moi
    - Qui? La mort?
    - Elle, la mauvaise femme
    - C'est votre tante, c'est ça?
    - Oui
    - Que fait-elle auprès de vous?
    - Elle me serre dans ses bras
    - Le lui avez-vous demandé?
    - Non! Elle me serre fort pour me réconforter
    - Vous pleurez! Pourquoi?
    - Mamie est morte et je l'ai vue
    - Où êtes-vous?
    - Au crématorium
    - Que fait votre tante?
    - Elle pleure elle aussi, elle est seule
    - Elle vous serre dans ses bras, que ressentez-vous?
    - Je suis triste pour elle parce qu'elle pleure, j'ai pitié d'elle. Mais en même temps, elle me dégoûte
    - Alors vous l'embrassez vous aussi?
    - Non! Je la repousse pour m'enfuir. Je ne veux plus qu'elle me touche. Elle me fait peur avec son chagrin
    - Pourquoi vous fait-elle peur?
    - Je ne peux pas lui résister si elle pleure. Elle m'apitoie pour m'avoir. Elle sait bien que ça marche toujours
    - A votre avis, que ce serait-il passé si vous ne l'aviez pas repoussée?
    - Elle m'aurait emmenée chez elle, et puis, vous savez...
    - Non, je ne sais pas. Que ce serait-il passé chez elle?
    - Elle aurait commencé, toute seule, à jouer avec moi en attendant son mari ou leurs amis
    - Qui appelle cela un "jeu", vous ou elle?
    - C'est elle
    - Et vous, comment appelez-vous ce que vous faites ensemble?
    - ...
    - Vous n'avez pas de mot en tête?
    - Si
    - Alors je répète ma question : comment appelez-vous ce que vous faites ensemble?
    - Je ne dois pas le dire à..., j'ai honte
    - Vous ne devez pas le dire à qui? A moi, vous pouvez?
    - Non, je ne sais pas si je peux
    - Alors à qui seriez-vous susceptible de le dire?
    - A N.
    - Votre nouveau tuteur? Le Dr V. m'en a parlé
    - Je le dirai juste à N.
    - Pourquoi à elle?
    - Parce que c'est elle qui m'aide, mais je ne veux pas qu'elle m'abandonne aussi si jamais je lui ça
    - Qui vous a abandonnée?
    - Mes parents et ma mamie, ma cousine aussi
    - Quel âge a votre cousine
    - Le même âge que moi
    - Vous êtes une enfant, votre cousine est-elle avec vous?
    - Oui, souvent, on s'amuse bien chez mamie
    - Que faites-vous par exemple?
    - Des farces à mamie. On fait aussi de la dînette et de la patinette dans l'allée. On téléphone à des gens dans l'annuaire et l'on leur raconte des bêtises. Mamie est toujours fâchée après ça et elle nous envoie jouer dans la petite maison au fond du jardin. On est bien installées, avec toutes nos affaires. On est à l'abri
    - A l'abri de quoi?
    - S'il pleut, ou si mamie arrive, on ferme le verrou
    - Votre tante est-elle déjà venue dans cette petite maison ou chez votre grand-mère?
    - Non, jamais dans la petite maison. Mais, chez mamie, oui, elle vient souvent la voir
    - Votre cousine est-elle là aussi?
    - Quelquefois, mais elle ne la vois pas
    - Pourquoi?
    - Parce qu'elle ne la regarde pas, elle n'emmène que moi
    - Reprenons : votre tante vous emmène dans sa maison, à T., que faites-vous à votre arrivée là-bas?
    - Elle me demande de mettre le couvert car elle a des invités pour ce soir. Nous serons 7 : eux, moi et 2 couples d'amis à eux
    - Qui sont-ils? Les avez-vous déjà rencontrés?
    - Oui, ils travaillent ensemble
    - Viennent-ils souvent dîner chez votre tante?
    - Oui, souvent. Une des femmes est très maquillée et je trouve qu'elle s'habille comme une prostituée. Elle s'appelle M., elle est pharmacienne
    - Vous avez fini de dîner, que se passe-t-il ensuite?
    - M. veut m'apprendre à me maquiller comme elle mais je trouve que c'est trop. Mes parents ne seraient pas d'accord. Je n'ai pas besoin d'être déshabillée pour être maquillée. Tante S. arrive, elle sa fâche aussi. Tout le monde finit par crier sur moi et m'en vouloir. C'est tante S. qui hurle le plus fort et qui frappe la première. Elle me donne une gifle et me tire les cheveux. Elle dit que les nattes sont pour les petites filles sages et que je ne le suis pas. Ma maman me fait toujours des nattes terminées par des rubans. Elle dit que je suis vicieuse et malfaisante, qu'elle doit encore me punir et que je ne mérite que ça
    - Que méritez-vous, selon elle?
    - Les punitions, ce qu'ils me font faire
    - C'est-à-dire?
    - Elle m'enferme dans la chambre et puis ils viennent me toucher dans le noir. Moi aussi je dois les toucher et jouer avec eux jusqu'à ce qu'ils soient fatigués. Alors ils me laissent tranquille et je peux me reposer. Mais je n'arrive pas à dormir parce que j'ai mal
    - Où avez-vous mal?
    - J'ai mal au ventre, à l'intérieur. J'ai mal mais en même temps je ne sens plus rien, comme si j'étais endormie pour une opération. Je veux me lever mais je ne sens plus mes jambes. Je n'arrive plus à marcher, alors je reste allongée en attendant
    - Et qu'attendez-vous?
    - Qu'il fasse jour pour que tout soit oublié et qu'ils redeviennent gentils avec moi


    CONCLUSION : Une séance qui apporte peu d'éléments malgré la phase d'acclimatation réussie (grâce au nouveau tuteur, je suppose). Des séances supplémentaires sont à prévoir, les trois premières ayant été bien plus productives. Mlle... doit écouter et surtout entendre ce que lui dicte son inconscient. Encore beaucoup trop de sentiments négatifs à son égard. Elle s'oblige à un comportement néfaste pour elle-même et se ferme à tout contact avec la réalité de son vécu. Elle est beaucoup trop hésitante quant aux termes qu'elle emploie, et si les séances à mon cabinet commençaient à être prolifiques, la longue interruption dans le traitement la contraint à repartir sur de nouvelles bases et à surmonter son "échec". Sa motivation, seule, ne suffira pas à lui faire prendre la voie de la guérison.
    Mlle... a beaucoup de mal à s'exprimer ouvertement. Elle dépense trop d'énergie à camoufler la parole, ne se laisse pas guider au sein de la séance mais prend le contrôle par l'intermédiaire de son questionnement intérieur. Ce jeu de questions/réponses est à proscrire absolument pour que ces séances soient fécondes et lui apportent un quelconque élément de réponse.


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  • Nous partons à une soirée au cours de laquelle ils tiennent absolument à me présenter à des "gens". Durant cette soirée, ils boivent beaucoup trop. Je retourne, seule, à la voiture et m'endors sur le siège arrière. Un coup sur la vitre, des éclats de rire puis des cris. Ils se disputent à nouveau. Elle dit : "Laisse, je vais conduire, donne-moi la petite et monte derrière!" En chemin, elle est malade, se met à vomir sur elle puis, volontairement, sur moi qui me recroqueville sur le siège. Et elle rit de me voir ainsi.

    Le lendemain, je dois "nettoyer la voiture", dit-elle. C'est ma faute. Je ne suis pas assez "coopérative".

    L'alcool, ça rend fort selon elle.

    — Prends une gorgée ma chérie, ça te détendra. Arrête de gigoter tout le temps, c'est très pénible et en plus ça me donne le tournis. Tu ne voudrais pas me rendre malade à nouveau? Dépêche-toi, bois ou je t'enfonce la bouteille de force! Fais plaisir à tata, joue encore avec moi. Tonton? T'inquiète pas ma puce, il va arriver. Et puis qu'est que ça peut bien te foutre en plus? Viens, on s'amuse toutes les deux en attendant. Ouvre la bouche, laisse toi faire.
    Ah! C. justement on t'attendait. Ouvre bien grand, toi, tu vas voir ce que Tonton va te mettre, c'est encore bien meilleur que la bouteille, tu verras.

    — Arrache-lui son slip, dépêche-toi! P'tite salope, t'as encore pissé au lit! Tu la veux ta punition? On peut rien en faire, j'y arrive pas. Tu m'énerves aussi, toi, à rester plantée là. Va-t-en que je puisse me concentrer sur elle. Et toi, arrête de serrer les cuisses!
    Tiens-lui au moins les mains. J'peux rien faire avec toi p'tite conne, mais j'vais t'agrandir moi. Elle saigne trop, la vache! Elle va en foutre partout. Tu la tiens ou quoi? Tu fais quoi là?
    J'essaie encore, j'ai trop envie. Je te laisserai pas tranquille tant que je serai pas rentré. Alors, tu vois ce qu'il te reste à faire? Calme-toi ou ça va mal aller. Je vais jouir et après tu me suceras, p'tite salope!
    Pleure, tu pisseras moins, c'est pas toi qui lave les draps. Je vais revenir avec F. et G. Et t'as intérêt à être plus coopérative!


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  • Un autre mot qui me hante. Le sang des femmes "normales", le sang qui donne la vie ou qui la reprend, le sang naturel ou le sang souillé de douleur. Celui qui m'a fait prendre conscience que quelque chose n'allait pas en moi. Le sang qui coulait sur le carrelage de l'hôpital. J'ai tellement honte de tout salir ainsi. Tellement mal aussi que je m'échoue sur ce carrelage avec délectation. Enfin, je suis à l'abri. Enfin, quelqu'un va s'occuper de moi et me deviner. Je suis libre, libérée de leur emprise. Il fait chaud, un jeune homme me serre contre lui et me relève doucement. Il a peur, moi aussi. Nos yeux se croisent quelques secondes et je sais qu'il a compris l'ampleur du désastre et la détresse dans laquelle je me trouvais.

    Pourtant, je n'ai rien dit à personne. Durant ces quelques jours, je suis brusquement muette. Physiologiquement, je ne peux plus parler, tant la douleur et la honte me serrent la gorge. Choc post-traumatique, déchirure de la vulve sur 2 centimètres de chaque côté, "suture" dit le médecin à cet infirmier. Pourquoi toutes ces questions auxquelles je ne peux répondre? Je voulais qu'on m'aide, qu'on me garde dans cet hôpital. Je voulais un peu de chaleur, d'affection et de sécurité.

    Mais il pleut et elle me ramène à la maison. Elle ne me lâche pas la main. Le silence, pas de bruit, pas de vague, mais la punition pour tout le remue-ménage que j'ai occasionné. La punition que je ressens dans leurs regards et dans la main qui serre mes doigts de plus en plus fort. Une main froide, sèche et rêche. Une main qui caresse et qui frappe en même temps. Une main de MERE et de BOURREAU.

    Pourquoi j'ai laissé faire ça? Pourquoi je leur ai permis de m'enseigner toutes ces horreurs, tous ces "jeux"? Il suffisait d'un mot pour tout arrêter. Je devais dire NON. Mais je ne parlais pas. Je souffrais et pleurais en silence. Tétanisée, je cherchais des réponses aux questions qui secouaient ma tête en tous sens. Tout est embrouillé : EUX, MOI, NOUS, HIER, AUJOURD'HUI.

    Je vis dans ce passé qui me poursuit et me traque. Je vis comme attirée par ces scènes de violence et de sexe qui me répugnent tant. Je vis à reculons alors qu'eux avancent à grands pas vers l'avenir. Ils ne se doutent de rien. Ils ne savant pas ma souffrance, mes cauchemars, mes doutes et mes angoisses. Ils ne voient pas si je ris ou si je pleure, si je vis ou si je meurs.


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