• Plus rien ne sera jamais comme avant. Je n'existe plus. Je suis une autre, désolidarisée de mon enfance, je ne mérite plus d'être comme avant. Trop souillée. Que me reste-t-il de cette jeunesse? Des visions d'horreur, de nudité et de dégoût. Des jours entiers à pleurer. Des corps enchevêtrés : un, deux, trois, plus, trop... Je ne sais plus. Qui sont ces gens? Que font-ils? Je ne sais même pas. Je suis dessus, dessous, debout, assise ou allongée. Ils me dictent les règles à suivre. Quel autre choix que celui d'obéir à leurs désirs? Comment leur faire comprendre que je ne comprends pas? Que je ne connais pas encore ces choses et que j'ai mal?

    C'est éteint, c'est allumé, il pleut, il neige, l'orage gronde, j'ai froid. Combien de temps ça a duré? Combien de temps ça va encore durer? Délivrez-moi de ces hommes et de ces femmes qui me terrorisent! J'ai peur qu'ils reviennent. J'ai peur qu'ils recommencent avec moi, avec d'autres, avec eux-mêmes.

    Chaque jour, j'espère qu'ils vont entendre mes prières et qu'ils vont demander PARDON. Chaque jour, je souffre un peu plus et je lutte pour survivre dans le monde des étrangers à tout cela. Tout est sale en moi. Le savon n'y changera rien. Aucun sang ne coule et pourtant tout est sale à l'intérieur. J'ai l'impression d'être remplie de leurs immondices, que jamais je ne pourrais me débarrasser de ce trop plein d'ordures.


    1 commentaire


  • Ce n'est pas facile d'écrire que pour soi. Ce ne sont que des mots qui restent sur le papier, prisonniers, qui ne profitent à personne et dont personne ne profite. Ils deviennent alors inutiles. Sentiment étrange car ce sont précisément ces mots-là les plus difficiles à dire, à avouer, car dangereux et dérangeants.

    Le 1er mot sur ma liste, le plus terrible, le plus honteux et déshonorant de tous : le mot VIOL : celui que je n'ai jamais pu prononcer une seule fois. Celui qui me brûle les lèvres et que l'on devine derrière mon regard. Par pitié, délivrez-moi de ce mot et de tout ce qu'il représente pour moi. Aidez-moi à le prononcer ne serait-ce qu'une seule fois, à le hurler pour l'expulser enfin de mon corps et de mon coeur. Quel soulagement ce serait de me l'avouer. Alors, peut-être, les autres mots seront-ils plus limpides.

    Méli-mélo : FELLATION, SODOMIE, VAGIN, SUCER, AVALER, VOMIR, TOUCHER, MAIN, OBJET, JOUET, PENETRATION, EMBRASSER, CARESSER, JOUIR, EJACULER, RECOMMENCER... Tout ceci est demandé si gentiment que je ne peux refuser. Trop soumise, je ne fais qu'obéir aux ordres que l'on me donne. Je ne parviens plus à décider par moi-même. Si je refuse, en voilà d'autres :

    BATTRE, CRIER, GIFLER, GRIFFER, ATTACHER, ENFERMER, AFFAMER, SALIR, PUNIR, COGNER, toujours et encore... Des bleus qui sont autant de cicatrices : sternum fracturé, disques et vertèbres écrasés. C'est lourd le corps d'un homme qui se jette sur une petite fille de 6 ans!

    Je continue avec : ACTES DE BARBARIE, SEQUESTRATION, MENACES, TORTURES, PEDOPHILIE, INCESTE, PERVERSITE. Rien que des mots corrects. Aucune vulgarité, aucune grossièreté, aucune incongruité. Des mots tellement chargés de souffrances, d'émotions et de souvenirs. Puis-je d'ailleurs nommer "souvenirs" toutes ces images qui me hantent et défilent sans cesse dans ma pauvre tête? ce ne sont que des cauchemars, des fantômes du passé qui vont et viennent au gré de mes pulsions de vie ou de mort. Des salauds, des pervers qui ont tout pris en moi : l'affection, les repères, la foi, l'amour, l'estime, le sommeil, la confiance et la vie. Cette affection que je recherche toujours avec ferveur et assiduité et qui me manque terriblement aujourd'hui.


    Ils voulaient un "jouet", ils l'ont eu mais ils ont tout cassé.


    9 commentaires

  • Le 5 décembre 2003

    Depuis le 25 août 2003, je reçois en consultation mademoiselle... désireuse de suivre une thérapie comportementale, suite aux symptômes post-traumatiques qu'elle évoque et dont elle souffre. Cette patiente, célibataire et âgée de 33 ans, déclare avoir été victime, entre les âges de 6 et 14 ans, de nombreux attouchements et actes de pénétration sexuelle avec violences physiques / psychiques et claustration au sein du cercle familial.

    Après avoir pris connaissance des rapports de séances d'hypnose et entendu mademoiselle... durant ces 5 premières séances de thérapie, je suis en mesure de constater que cette patiente présente effectivement des troubles physiques : crises d'angoisse, spasmophilie, ménorragies et troubles de la menstruation, eczéma. Elle avoue également une courte période d'anorexie et 4 tentatives de suicide.

    En outre, elle développe des troubles comportementaux caractéristiques : apathie, phobies névrotiques (peur du noir, peur de la solitude et sentiment d'abandon), anxiété, dévalorisation de sa propre personne, perte d'identité et d'estime d'elle-même.

    Ce syndrome, associé à un très fort sentiment de honte et de culpabilité, me permet d'affirmer que cette patiente présente toutes les caractéristiques pathologiques d'une importante névrose post-traumatique consécutive aux violences physiques et sexuelles dont elle a été victime durant son enfance, et notamment sa période de pré puberté.
    En conséquence, je préconise et recommande à mademoiselle... d'aller au terme de sa thérapie comportementale, parallèlement à la nécessité pour elle de demander réparation pour le préjudice qu'elle a subi.


    4 commentaires


  • En grandissant je n'ai plus eu de règles du tout mais souvent d'importantes hémorragies qui me font très peur, qui m'obligent, des nuits entières, à rester éveillée dans mon lit, allongée sur plusieurs épaisseurs de serviettes éponges, avec 2 tampax l'un sur l'autre, avec la lumière allumée pour chasser les démons du passé, avec la honte d'être si sale et souillée, et surtout une honte bien plus grande, celle de ne plus être une petite fille comme les autres, celle de devenir une femme qui a perdu sa virginité, non pas par amour, mais dans les coups et la violence, sous une sordide couverture bleue marine. Quelle sorte de femme peut-on devenir après ça? Quelle sorte de mère?

    C'est un VIOL qu'ils m'on fait subir. Un VIOL avec violences. Un VIOL à répétition. Un VIOL tout court. Ca fait du bien d'employer ce mot que j'ai tu pendant plus de 27 ans. Ca fait du bien de l'écrire 4 fois de suite. Le savent-ils au moins? Moi, en tout cas, je ne me reconnais plus. Ce n'est plus moi qui peux écrire ceci. C'est la colère et la honte qui me dictent tout. C'est le révolver que j'ai posé sur ma tempe ou la lame sur mes veines. Mais à revoir le sang couler ce n'était pas une bonne idée, un bon refuge. C'est maintenant que je le comprends. C'est un peu tard mais je n'ai pu faire mieux.

    C'était très dur d'être seule avec ce poids, de penser que personne ne serait là pour me protéger ou les empêcher de recommencer, que personne ne croirait cette ignominie ou ne voudrait la partager avec moi. C'est terrible de vivre ça au quotidien, de le revivre sans cesse à cause de paroles, de gestes ou de personnes qui font ressurgir les souvenirs et les images d'un seul coup. C'est terrible de ne pouvoir oublier, tirer un trait et repartir comme si j'avais encore 6 ans, comme si j'étais encore intacte, pure et insouciante. Comme si ma vie était devant moi, et non derrière, comme si je ne les avais jamais placés sur mon jeu d'échec.

    Un jeu à la con où le roi et la reine sont remplacés par des pédophiles, et où le fou (moi?) parcourt toutes les cases à la recherche d'une aide et d'une délivrance.


    2 commentaires

  • Mes parents sont partis. Je pleurais tellement qu'ils pensaient que j'étais effondrée de les voir partir. Mais en fait, j'avais l'impression qu'ils m'abandonnaient à ces gens qui n'étaient plus ni oncle ni tante, mais des gens qui m'avaient fait du mal.

    J'étais inconsolable de voir leur voiture s'éloigner. Je leur en ai beaucoup voulu. Et puis, après tout, pourquoi leur en vouloir à eux? Ils ne savaient rien. Je n'avais rien dit ni rien fait pour empêcher ça. Ces gens continuaient à vivre comme si rien ne se passait. Et moi, je ne pouvais même plus les regarder en face tellement j'avais honte de moi. Je me sentais répugnante, sale et méprisable.

    J'AVAIS 6 ANS.

    Ils ont continué pendant presque 8 ans, à chaque période de vacances. Ils se sont multipliés par 10...

    La nuit et le fait d'aller me coucher devenaient une véritable hantise. Je me disais : "Ils vont venir, qui va venir?" Et je me crispais tellement qu'à chaque fois j'étais presque comme inconsciente. Pour ne plus rien ressentir, je me réfugiais dans cette inconscience et, sous leur poids, je n'étais plus qu'un pantin. Ils font de moi ce qu'ils veulent. Je ne dis rien, je ne me plains pas, je ne pleure même plus.

    Je supporte tout ça à 6 ans, les mains attachées au lit ou derrière le dos.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique