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    Je suis allée me perdre au milieu de la forêt et j'ai poussé un hurlement terrible. Un cri qui a déchiré le silence des arbres et qui a fait s'envoler des myriades d'oiseaux. Leurs plumes se sont greffées dans mes cheveux et mon esprit a volé avec eux. Le ciel pour mémoire. Leur chant s'est mêlé à ma voix. En suspens. Mon cri s'est perdu dans les feuilles. L'écho me l'a renvoyé maintes et maintes fois. Il était dur. Il était fou. Il a emporté ma rage, ma colère et ma peine. Il a emporté mes larmes, mes rancœurs et mes haines.

    Je suis allée me perdre au milieu de la forêt et j'ai étreins le plus grand arbre. Ma tête dans son cou rugueux, mes bras autour de l'écorce tiédie par la douceur de la journée. Sa sève a brûlé ma chair et s'est écoulé dans mon sang. Nos cœurs ont battu à l'unisson. Il m'a transmis force et courage. Nos murmures se sont chuchoté des berceuses. Apaisement, sérénité. J'ai senti les vibrations de son âme et le frémissement de la mienne. Je l'ai serré si fort que ma joue s'est égratignée sur son tronc, que mes paumes ont laissé une empreinte indélébile au creux de ses bras solides.


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  • Je suis un grain de sable comme un brin de fable. J'ai lu des histoires qu'on ne m'a jamais contées. J'ai appris la vie seule, mal retenu mes leçons, moi la si bonne élève. Je n'en fais qu'à ma tête. Je suis éprise de ce vent de liberté, moi la si jeune condamnée. Celle qui veut vivre après la mort, revivre après la guerre.

    Trop d'années de souffrances et d'enfermement. Trop d'années à subir, gémir et ne rien dire. Trop d'années à me lire, à l'intérieur de moi. Trop d'effroyables souvenirs, cailloux noirs sur mon chemin étoilé. Trop d'épouvantables lueurs, rais éteints de mon coeur, que parsèment encore quelques fois, les trophées que le temps ressasse, les détritus que la vie ramasse.


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  • J'ai toujours eu peur de la nuit.
    Je me suis toujours arrangée pour fuir la nuit.
    J'ai toujours pris plaisir à ne pas aimer la nuit.

    Je ne veux pas la laisser me prendre, me surprendre, de ses bras glacés, de ses pas feutrés.
    Je ne veux pas la laisser m'engloutir, m'assoupir, de ses yeux cachés, de ses bruits faussés.
    La nuit, les gens sont gris, les gens sont tristes.

    La nuit, les gens parlent et partent. Comme ils sont venus. A demi-mots, à demi-voix. Et leurs chuchotements me bercent d'innommables comptines à faire frémir le plus aigri des loups, à faire pâlir le plus hardi des fous.

    La nuit, les gens meurent dans d'étranges souffrances, issues de leurs vastes errances. Ils se décomposent, ils se dispersent. Ils m'indisposent et m'agressent.

    La nuit, les gens crient, dans leurs maladies, vermines contagieuses dans leurs yeux sombres et hagards. Agglutinés comme des amas de sordides vomissures, les enveloppant d'une âcre tiédeur.

    La nuit, les gens ne dorment pas. Ils restent debout, spectres lourds et mous. Ils cognent leurs têtes à leurs murs intérieurs pour chasser leurs cauchemars et dissiper leurs peurs.

    La nuit, les gens sourient, ébahis, étourdis. Ils ont ce regard froid de peines et de haines. Le regard impromptu et ininterrompu que le brouillon de leurs vies leur rejette au visage, que les silences de leurs cris leur hurlent de rage, que le brouillard de leurs cerveaux leur vole leurs plus belles images.


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  • Il est quelques fois de belles rencontres, des rencontres dues au hasard, des rencontres que l'on fait bien trop tard, des rencontres sans fard.
    Il est quelques fois des personnes cachées au fond d'elles-mêmes, des personnes que l'on découvre petit à petit, que l'on apprend à connaître, à deviner, à aimer.

    Et parmi ces rencontres, il en est qui nous sauvent de l'impossible malgré nous, qui nous ramènent lentement vers la lumière et la vie alors que l'on n'y croyait plus, alors que tout nous semblait perdu.
    Et parmi ces personnes, il en est qui nous sont si chères que l'on donnerait tout ce que l'on possède pour les aimer, jusqu'à nos dernières forces, notre dernier souffle de vie.

    On aimerait que ces rencontres ne prennent jamais fin, qu'elles se poursuivent au-delà de tout, qu'elles éclairent longtemps notre chemin bordé de roses ou de ronces.
    On aimerait que ces personnes soient auprès de nous lorsqu'elles ont mal, pour sécher leurs larmes, pour tenir leur main, leur faire un sourire, leur dire un je t'aime.

    Lorsqu'une amitié, un amour, a pu faire un miracle, elle ou il peut en faire plusieurs, il suffit simplement d'ouvrir son cœur, de laisser parler son âme...


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  • Voilà... Je ne peux plus te regarder sans avoir des larmes plein les yeux. J'ai peur de les laisser couler, peur que tu les vois, peur que tu les sentes, peur que tu aies peur... Alors, je détourne mon regard. Je contourne le mal. Mais c'est plus fort que moi. J'ai envie de te voir, j'ai besoin de te voir, tel que tu étais avant. J'ai envie de garder ton souvenir intact, ton sourire blanc des jours heureux. Des jours où tu venais m'accueillir en fanfare et farandole et où tes petites dents égayaient ton museau.

    Je caresse ton pelage moins que tiède. Ma main hésite. Ma main tremble. Mes lèvres frémissent. Mes lèvres murmurent. Des mots que toi seul peut entendre, peut comprendre. Des mots pour te rassurer. Des mots pour t'aider. Des mots pour t'aimer.
    Je m'imprègne des endroits où tu es passé, les lieux que tu as découvert, envahis, possédés. Je refais le chemin de nos tous premiers pas ensemble, je redécouvre tes sentiers, tes cachettes, tes petits secrets.

    Douze heures s'égrènent entre les deux gélules. Douze heures d'attente. Douze heures de douleurs. Un intermède de toux, de respiration saccadée, scindée, coupée, de spasmes et de larmes. J'entends ton cœur qui bat si vite. Il va défoncer ta petite poitrine en cognant si fort pour sortir, pour exploser. Ce cœur trop gros qui comprime les poumons effarés, atrophiés, liquéfiés. Tu as le cœur gros, oui. Un cœur rempli d'amour, d'admiration et d'attentions pour moi. Un cœur qui me fait fondre.

    Les heures défilent. Peut-être les dernières. Et je redoute ce moment où je devrai t'emmener. Ce moment où tu frétilleras peut-être encore de joie en voyant la voiture, en imaginant la promenade. Puis ta déception, en arrivant dans la salle d'attente, tes regrets, tes peines, ta douleur empirée. J'imagine ta voix étranglée, la mienne muette d'effroi. J'imagine les injections, ton corps encore chaud mais sans vie, dans mes bras, petit poids. J'imagine le retour à la maison, seule avec toi. La maison vide, tes affaires...
    Et je n'ose plus lire dans tes yeux ton amour, moi qui ne peux rien faire contre tes souffrances, moi qui ne peux que te regarder souffrir en te disant que je t'aime...


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