• Je marche et le monde alentour me semble si creux, si vide, di discret. Les visages me sourient. Je vois leurs lèvres bouger. Les faces me dévisagent. Je vois leurs bras gesticuler. Tantôt gaies, tantôt sévères. Tantôt stressées, tantôt pressées. Mais toujours à si vive allure.

    Les gens me bousculent sans chercher à m'éviter, à me comprendre. Je ne recule. Je ne me déplace. Je reste là. Imperturbable. Indissociable de moi-même. Dans mon monde. Dans ma ronde. Sans main à tenir. Sans rien à venir. Dans ma sphère protectrice et rassurante. Dans mes repères. Impassible aux assauts des autres. Infaillible derrière mes remparts de tendresse. Inaccessible derrière mon rideau de larmes intérieures.

    Dans la cohorte, je n'ai plus peur, je suis bien. Dans la cohue, plus rien ne me remue. Des vagues sur moi comme des anneaux de Saturne, me ceinturant. M'entourant. Enrubannant ma tête gelée de souvenirs. Plus rien ne compte. Plus rien ne vibre. Que mon coeur au son des mélodies que j'écoute. Et de mes voix intérieures aux murmures douceâtres.

    Plus rien ne vit. Plus rien ne va. Je me laisse vivre. Je me laisse l'ivresse. Je laisse aller. Je laisse rêver. Coupure volontaire avec l'agitation des jours pour prolonger les silences de mes nuits.


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  • Un jour, j'ai vomi très fort, très longuement et très bruyamment. J'ai vomi de longs spasmes entrecoupés de larmes. Ça a commencé avec des bonds et des rebonds dans l'estomac. Du ressac et des lames déferlantes en fientes amères et abondantes. Redondances, relents, regrets. Tout se détraque, plus envie de rien. Tout se détruit, contrarie, éreinte.

    Puis on s'habitue à la fracture, la cassure. Les vomissures éclaboussent les murs et maculent la blancheur. Les raclures d'ongles s'enfoncent en travers de la gorge. On devient sale, on devient pâle. On devient aigre, on devient maigre.

    Les jours passent, la salive manque, les veines se montrent, le visage se creuse et les rides se marquent de sillons violacés qui creusent des rires en arabesques sur les joues blêmes. Des rires-sorcières blafardes, rictus sur des figures hagardes. Défigures.

    On passe son temps à se repaître de ridicules bouchées. On perd son temps en allers-retours entre la cuisine et les toilettes. A se vider. A se délivrer. A se délaver. Le temps de larmes et de dégoûts. Reflux, rebut, repue.

    A peine lavées, les mains en tremblent encore. L'odeur les poursuit. La pestilentielle odeur de pourritures acides. L'infect décomposition de nos entrailles. Puis la répugnance s'enfuit. Puis s'installe l'oubli. On vit de nausées en nausées. On reste allongée. Plus de force. Plus de visage. Fantôme, farce, impuissance, répugnance, étourdissement. Plus rien ne passe. On se casse. On se lasse. Les lèvres au bord du gouffre de la cuvette, le front calé sur le froid. Agenouillée comme en prière, les bras enserrant la céramique, les yeux vitreux, le corps en spasmes.

    Petit à petit on émiette un peu plus, on trie, on élimine. Les cadavres n'ont pas besoin de se nourrir pour exister. On a peur que ça recommence, que le mélange se balance à l'intérieur, à nouveau. Nonchalance, honte, remord, remontrances, maltraitances de son corps. On a tort. On le sait. On ne fait rien. On ne change rien. La nausée nous secouera encore comme des pantins mort-nés. Elle coule dans nos veines, avec son terrible bruit en écho et saccage nos ventres de son âcreté de sanglots.


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  • Les larmes comme des roulements de tambours qui s'ébattent et s'abattent. Effritées. En lambeaux. En miettes. Comme le fond de mon cœur sensible et fragile.
    Elles s'écrasent sans bruit, sans vie. Elles tombent en pluie de perles sur mes papiers épars. Elles me suivent comme le chien aux yeux bruns.
    La journée de larmes commence. Il pleut des gouttes de sel. Et sous des crachins de fiel, je m'endors parmi les sanglots, se lamentant sur mes cils d'eau de verre.


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  • Quelque part se cache la lumière scintillante sous les cotonneux nuages. Gris comme les ailes des pigeons à leurs sombres heures. Gris comme les frais matins d'automne ou la rosée côtoie l'ondée. Gris comme les cœurs aigris, comme les corps amoindris. Fatigués de courir, fatigués de s'enfuir.

    Grises, les ailes des tourterelles. Ivres, les airs des ritournelles. Sous les pavés délavés de pas froids fleurissent, entre les pierres, des fleurs en désarroi. Des fleurs en effluves de couleurs, en souffles de douceurs. Des fleurs- bonheur, des fleurs-chaleur.

    Et les teintes, en éclaircie, s'unissent au soleil et réveillent son ardeur. Et la mer, en accalmie, chante à la lune un bouquet enchanteur. Et la vie, en embellie, reprend ses droits et avance, sur ses chemins d'errance, jusqu'à toucher du doigt le ciel, jusqu'à brûler son âme pour... Toi.


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  • La mélancolie me colle. La mélancolie me rend folle. La même mémoire, le même regard. A la fois vide et triste. A la fois avide et aigri. Méli-mélo dans ma mémoire. Mon histoire me joue le même drame. Encore. Ensuite. En fuite. En furie. La furie de mes yeux. Toujours humides et larmoyeux. La folie de mes lèvres. Toujours tremblantes et palpitantes.

    La mélancolie se lit. Elle se lit sur mon visage. Quand je lis, quand je ris, quand je vis. Quand l'amour est de passage où quand il s'installe. Qu'elle y reste sur ce visage. Elle l'habille. Elle le maquille. Elle l'habite. Elle le ressuscite. Qu'elle y reste et qu'elle y vive. Qu'elle le ravive. Avec son rouge des mauvais jours et son blanc laqué de tourments. Avec son jaune ocré d'automne et son vert fade et monotone.

    La mélancolie monotone me ramène en automne. Déjà. Dégel. Elle me va comme un gant qui camoufle mes doigts. Elle me va comme la fleur qui se cache en mon coeur. Elle me va comme un chat qui ronronne, couché près de son âtre, un chat frileux noirâtre.


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