• Quelques fois, je souhaiterais tomber... pour de bon. Tomber et ne plus me relever. Tomber et voir une trace bleuir et des égratignures fleurir. Je souhaiterais avoir encore ces marques sur ma peau, ces entailles qui me rendent livides mais si fière, si forte et si furieuse à la fois.

    Je voudrais tomber sur le côté comme un vieux cheval qu'on va achever, parce que j'espèrerais, qu'à cet instant-là, quelqu'un viendra me relever.

    Oui, je regrette ces moments où je pouvais me faire du mal, seule, avec ce rituel si bien orchestré qu'il me plongeait dans une sorte de presque monotonie qui m'allait bien, qui me convenait. Comme un rituel d'alcoolique, de dépendant. Un rituel qui avait tout pour être rassurant et qui, pourtant, me terrifiait à l'avance. Je savais que j'allais souffrir, je savais que j'allais couper et meurtrir... Mais j'aimais ça...

    C'était mon seul moyen à moi d'être rassurée, d'être encouragée, d'être consolée. C'était me punir pour mieux guérir, pour mieux grandir, pour mieux survivre. C'était ma délivrance, ma déchéance et mon apaisement, mon indifférence et mon cheminement... qui pouvaient débuter...


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  • La fragilité...

    C'est la plume qu'on écrase d'un coup de talon trop fort, d'un poids devenu mort, la plume qui ne s'envole plus, qui ne s'élève plus, la plume qui reste à nue.
    C'est une joue qui se couvre de larmes au moindre drame, une joue vulnérable au moindre mot, au moindre vide, une joue pâleur sans chaleur, une joue noirceur sans couleurs.
    C'est un miroir-tiroir qui ne renvoie que du noir, un miroir-cafard au tain blêmi des matins gris.
    C'est un flocon que le sol engloutit de ses bras terreux, un flocon papilloneux qui se meurt d'éphémères amours et de létales prisons.
    C'est une herbe folle, fauchée de dix pieds, une herbe farandole où des insectes volent.
    C'est une lame si fine qu'elle entaille à peine, le bras qui tremble un peu, la main de porcelaine, le ventre qui gémit.
    C'est un coeur qui pleure trop, à l'abri des regards, à l'abri des curieux, un coeur qui se répand, qui ne sait pas garder, qui ne sait faire qu'aimer.
    C'est des cils aiguisés où perle la rosée, des cils lourds et légers, des cils courbes en dangers.
    C'est une main maladroite qui fouille dans les foules, pour attraper des leurres qu'elle pensait conserver.
    C'est le passé qui fuit, puis qui réapparaît, le présent qui s'enfuit mais l'espoir qui renaît, comme une seconde chance, une nouvelle alliance.
    C'est ce filament friable qui nous relie à la vie, ce fil tissé d'étoiles chétives et blafardes, la corde raide sur laquelle nous dansons, jusqu'à épuisement de nos souffles, jusqu'à dissolution de nos pas.
    C'est la délicate lueur d'une flamme ébréchée, d'une femme écorchée, qui poursuit sans bruit, le glas de ses nuits.
    C'est cet équilibre précaire, encore incertain, que dévoile une fleur, éclose à l'aurore, et qui meurt de peur, de s'endormir encore, jusqu'à sa dernière heure.

    La fragilité c'est écrire en silence, sur le flou des illusions, c'est aimer en silence, sur le fil des émotions...


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  • Il faut de la mélancolie pour écrire. De la mélancolie et de la solitude. De la guitare larmoyante. Une chanson qu'on écoute pour la énième fois. Qu'on se repasse en boucle. Avec ce sentiment d'on ne sait quoi, qui nous remplit d'un triste émoi. Ma métamorphose me conduit vers un nouveau moi...

    Il faut une soirée comme une autre pour écrire. Une soirée sans rien de spécial. Où notre corps fatigué laisse s'échapper des maux mal soignés. Alors les pensées nous emportent bien loin. Loin dans le passé. Loin dans le futur. Dans des moments qu'on aimerait toucher du bout des doigts. Comme un refuge parfois. A l'aube ou au crépuscule. D'un souvenir ou d'un rêve...

    Il faut avoir envie de pleurer pour écrire. Pleurer de tristesse, de regret, d'envie d'aimer. Peu importe l'objet, on a envie de donner. On sent dans nos veines la force de l'amour à déverser. Ces soirs là on pourrait tout pardonner au passé. Pardonner à tous ces êtres qui nous ont blessé. Dire que ce n'est rien et que l'on continue à vivre malgré tout. Et nos yeux sont lourds de sommeil. Alors on s'endort légèrement saoulée. La trêve avec nous-même fut éphémère. Mais au petit matin, elle nous a donné la force d'exister...


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  •  



    C'est un jour sans. Un jour sans fin. Et j'imagine cent fins. Cent fins d'un jour avec. Sauf que c'est un jour sans. Et que de fin il n'en reste qu'une, enfin : continuer à écrire sur ma feuille volante, qui ne sait pas voler. A moins que je ne la froisse. A moins que je ne la jette. A l'autre bout d'une pièce. Pour qu'elle y laisse des traces. Pour qu'elle y reste en place. Pour qu'elle perde ses plis. Et ses arêtes coupantes.

    J'ai froissé ma feuille volante. Et je ne sais plus quoi y écrire. C'est traversée de sensations fugaces, volantes et volatiles, que je voudrais écrire. Mais il y en a trop. Toujours ce trop. Comme une nuée de papillons qui s'abattent sur moi. Alors je m'en vais et je n'écris pas. Car le trop me fait peur. Car le trop me fait fuir. Puis il me fait partir, au galop sur ma monture d'angoisse, pour semer des papillons, dans le creux de mes sillons.

    J'ai froissé ma feuille volante. Elle ne s'est pas fâchée. Je l'ai jetée au loin. Elle n'est même pas revenue. C'est comme ça, parfois. Je ne mesure pas le poids de mes gestes. Je jette sans vouloir jeter, sans le vouloir vraiment. Et puis, ça ne revient pas. Et puis, ça ne revient plus. Quant au poids de mes mots, je le passe sous silence. Quand au fardeau de mes maux, je le laisse au silence.

    J'ai traversé la pièce. J'ai ramassé ma feuille volante. Elle était si légère. Je l'ai dépliée, avec le dos de ma main, comme on peut défroisser d'une caresse. Le début de mon texte était là, intact sur le fond, froncé sur la forme. Infondé. Déformé. Puis j'ai continué à écrire sur ma feuille volante. Froissée. Je continue de dire. Je continue d'écrire. Je continue de penser, qu'à écrire mes pensées, un jour je pourrais les renier.

    C'est un jour avec. Un jour avec ma feuille, qui n'est toujours pas volante, mais qui est défroissée. Ce sont mes émotions qui s'envolent, portées par les papillons. C'est un jour avec. Et j'aimerais que le mot fin ne soit jamais inventé. Et je voudrais pouvoir écrire au fil de mes lignes. Ecrire des signes sur mes feuilles. Volantes, violentes ou non.


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  • "Je ne sais pas si vous avez remarqué : ce qui sépare les gens, ce sont les mots. Même les p'tits mots de rien du tout, ça peut produire les pires maux.

    Il y a des mots blessants, et puis aussi des mots qui tuent.

    L'Amour peut commencer sur un signe et finir par un mot.... un mot de trop....

    Peut-être bien qu'on habille la réalité avec des mots parce qu'on a peur de la voir toute nue. Peut-être bien aussi qu'il vaudrait mieux se taire plus souvent. Apprendre à contempler. Rien dire. Rester dans le silence. Mais pas n'importe quel silence, hein !

    Il y a toute une gamme de silences : des graves, des aigus, des intenses.

    Il y a le silence qui cache l'absence et le vide ;

    il y a le silence parce qu'on n'ose pas ;

    il y a le silence parce qu'on ne veut rien dire, ou qu'on s'en fiche ;

    il y a le silence parce qu'on ferme les yeux et qu'on ne veut pas s'occuper de ce qui nous regarde pas....

    Tout ça, c'est pas des beaux silences.

    Moi, je n'aime que les silences à étoiles, des silences à deux, avec des signes et des messages et des sculptures de connivence, un silence moelleux et rond comme de la tendresse, et grisant comme de l'amour. Un silence dense, la danse d'un silence.... "

    Jade et les sacrés mystères de la vie... F. GARAGNON


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