• De solitude en lassitude, je reste ce brouillon de Cendrillon, ce bruit de cendres dispersées, et parce qu'à force de lutter seule, je m'essouffle et m'enlise, les cicatrices fleurissent à nouveau, en anémones sur mes bras, chaudes et douloureuses.

    De désuétude en inquiétude, j'ai coupé les chairs avec un filament de lune, aux reflets d'argent et de délivrance, aux reliefs de sang et d'indifférence. La bulle m'étreint la gorge et m'oppresse de sa rondeur si parfaite et immaculée.

    De finitude en habitude, j'ai soigné le mal par le mal et le rituel assassin, ritournelle de mes nuits froides, a entamé son refrain de chagrin, laissant sur ma peau ce goût âcre et tenace, le goût du passé qui s'écoule, l'odeur infecte d'une prison sans murs.


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  • Laisser les plumes s'envoler au gré du vent, nous délester un peu de ces souvenirs envahissants, de ces visions avec ou sans vie, de ces vérités avec ou sans été.
    On a souvent l'impression que la pluie chasse la mélancolie, que les bourrasques mettent fin aux cauchemars, que les torrents déversent la peine inégalée, mais il n'en est rien. La pluie crépite, le coeur s'agite, les larmes ruissellent dans les caniveaux, emportant avec elles les restes orduriers, mais les traces demeurent, là, bien visibles, sur les joues amaigries, sur les routes inondées, gravées sur l'herbe détrempée et nauséabonde, telles des scories du temps que l'on ne peut oublier.


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  • La vie ne tient qu'à un fil.
    Hier soir, ce fil si fragile s'est brisé, un éblouissement et dans les lumières jaunes et bleues, cet homme est venu s'endormir contre ma voiture.
    Ce matin, son minuscule fil de soie s'est retissé petit à petit, il est hors de danger maintenant.
    Mais moi... Mais moi? Moi qui n'arrive déjà plus à retendre mes fils, j'ai failli briser ceux de cet homme innocent. A cause de moi il ne passera pas Noël avec sa famille, mais seul, dans la chambre blanche, à cause de moi il est allongé là, livide, les yeux clos, le teint si pâle... A cause de moi, il était étendu sur la chaussée, les cheveux rouges, collés au bitume, les jambes repliées comme un foetus avorté...


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  • Murmurer, la voix éraillée d'un soupçon de suavitude.
    Chuchoter, les lèvres gercées d'un brouillon de solitude.
    Les sons restent muets, perturbant le vide autour, les accents cloîtrés se dilatent intensément au fil de la laborieuse mélodie, étranglée en signaux de désespérance, étouffée au cordon de barbelés qui suture la bouche venimeuse.
    Parler pour ne rien dire, crier pour faire réagir, prier pour ne plus écrire.
    Briser cet insoutenable silence, confinée dans une bulle en errance.


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  • On a tous des vies plus moins à la con, des vies sans envie, sans avoir, sans avenir et sans gloire. Des vies qui ne ressemblent plus à des vies mais à du vide. Des vies ivres de givre. Des vies brisées, ridées, bridées, erronnées et détrônées.

    On a tous des questions plein à la tête, des questions plus ou moins connes. Des questions plus ou moins bonnes. On n'a pas les réponses, on n'a pas les solutions. On n'a que les absences et les désillusions.

    LA question, pas plus conne qu'une autre, est de savoir comment mettre fin à cette vie si vide, stupide et insipide.
    Et LA réponse est de mettre fin à la vie tout court, sans chercher de détour et sans faire de longs discours...


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