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ECRIRE EN SILENCE...

Les maux de l'inceste

Chapître 9 : Il était une fois la mer | 12 décembre 2006


Un mariage, c'est aussi un voyage. A deux. Sur un bateau blanc.

Il était une fois une jeune princesse qui rêvait de soleil. Mais que faire lorsque la pluie lèche langoureusement les vitres ? Lorsque les arbres grognent et que la petite araignée, enfant du silence, se balance au gré du temps, imperturbablement. Il était une fois un jeune prince qui rêvait de la mer, de son appel et des goélands. Des pieds nus sur le sable et du vent dans les cheveux.

Un jour de brume et de tempête, le prince et la princesse se retrouvèrent sur la plage humide et dépeuplée. Ils s'envolèrent vers le large, la main dans la main. Embarquement pour le paradis ou l'enfer ?

Il était tôt ce matin. La faim était un doux repas. Ils se sentaient légers et courageux. Prêts à affronter le monde, la mer et l'univers. L'estomac vide et le cœur plein de magie, ils savouraient chaque instant de l'aube et s'imaginaient que tout ici leur appartenait. Le vent était leur complice, leur ami. Il jouait avec les vagues, le sable et les voiles. Concerto pour un voilier, impatient de prendre la mer et ne tenant plus en place. Lentement, la mer se faisait belle. Elle se faisait bleue et les vagues la berçaient. Vagues berçant la mer. Mère berçant l'enfant. Ils se laissèrent séduire, deux naufragés pleins d'espoir.

Soudain, sur le pont, un appel. Une voix qui se perd immédiatement dans la brume et dans l'écume assourdissante, parant le voilier de sa blancheur immaculée. La voix se perd et renaît avec le silence. C'est un murmure que l'écho amplifie et transforme en cri. Douce voix de la mer que chante le marin. Douce voix du prince marin que la mer entraîne. Plus bas, dans la cabine, la princesse Jennyfer fume en paix, sur un sofa de velours beige. Chacun de ses gestes lents et méticuleux paraît brusqué par la tempête qui se prépare dehors, secouant déjà le voilier de papier.

La houle et la musique des cordages l'empêchent d'entendre la voix qui s'époumone. Tranquille, elle fume, un chat sur les genoux. Un siamois qui s'ancre dans sa chair pour ne pas vaciller. Son sommeil est peuplé de cauchemars et d'êtres marins. Demi-sommeil angoissé. Prélude d'une nuit sans trop d'importance. La princesse fume et ses longs doigts fins s'amusent avec le pelage roux du chat soyeux et ronronnant. La voix se rapproche avec le vent qui s'engouffre dans la cabine, faisant tourbillonner au passage quelques feuilles éparses. Lettres enflammées.

Ce soir-là, la mer s'est ouverte et a emporté le prince. Comment lui en vouloir ? Pourquoi la rendre responsable ? Son cri s'est perdu, la bouche emplie d'eau. Toujours plus salée, plus amère et plus écumeuse. On ne savait plus s'il buvait la mer, assoiffé de rancœur ou si la mer l'engloutissait lui et son bateau. De toute façon, il était impossible de résister. Pendant un instant, ses bras et ses jambes ont battu l'air, croyant les fendre dans un éclair. Sa bouche a vomi ce breuvage infecte composé de sel, d'eau, de poissons et d'algues glauques. Elle recrachait ce venin mais si près qu'elle le ravalait aussitôt. Les yeux exorbités se sont fermés, fixes sous les paupières pour empêcher toute imposture. Puis le corps a cédé lentement. Les pieds ont alors touché le fond mouvant et se sont mis à marcher comme sur le sol encore incertain d'une planète inexplorée. Ils se sont mis à danser librement, intriguant les créatures immobiles, entraînant avec elles le sable fin et les coquillages, déchaînant les vagues et les algues luisantes qui prenaient la forme de bras suppliant, de tentacules empressés.

Sur le pont du bateau, tout est calme. Les voiles battent la mesure. La lune se mire dans les flaques laissées par la pluie et les larmes. La princesse Jennyfer pointe le bout de son nez dehors mais le rentre aussitôt, surprise par la force du vent, la fureur de la mer et le gouvernail incontrôlable qui tourne sur lui-même et bougonne dans son bois lustré et poli. Le chat, le dos hérissé, les oreilles et la queue droites, retourne à son occupation préférée, la sieste interminable. Inutile de sortir une griffe avec un tel temps !

Les appels restés en suspens, la porte entrebâillée sur le vide sur le vide glacial et l'eau qui se rit bruyamment finissent par inquiéter cette dame un peu frileuse. Dans ce fracas du diable, la porte se referme sur son ombre qui se dessine, fière et guerrière, sous la lune jaune et blanche. Les mains en croix sur son décolleté, elle ne peut retenir le vent qui joue avec ses cheveux. Ni ses cheveux qui s'envolent avec le vent et les nuages. Qu'importe le déluge ! Il faut rester présentable et esthétique.

Pleurant sur sa chevelure égarée, recroquevillée contre la porte muette, elle ses sent incapable de faire un pas de plus, honteuse et désolée, malheureuse et malade. Peut-être parce que le bateau va trop vite et trop loin. Parce qu'il se balance à droite et à gauche. Parce que l'estomac ne se contrôle plus et qu'il se balance lui aussi, près à se venger de toute cette mouvance. Elle se sent faible et livide. Elle a filé ses bas en se traînant jusqu'au bord, les lèvres écumantes. Elle a pleuré en recrachant la vérité à l'eau noire. Son maquillage a fondu avec sa peau. Se mêlant l'un à l'autre pour obtenir du rouge et du vert, du bleu et du noir, de l'or des paillettes grises.

Redressant la tête dans un mouvement frénétique, cambrant le torse et les épaules, les pieds nus sur les planches, Jennyfer se mit à courir rageusement, semant en chemin des haillons, seuls survivants de sa toilette féminine, les restes sacrés d'une nuit en mer, d'une femme travestie en homme ou d'un homme travesti en princesse, le temps d'un amour.

La porte se referma sur cet androgyne exaspéré et le chat sourit à la vue de ce visage défait, de sa perruque envolée, de sa robe en lambeaux. Un "Robinson efféminé" se dit-il. Une créature désormais seule et sale. Elle s'allonge sur le lit froid pour sa cacher sous les couvertures et maudire en silence la mer et la tempête. Pour appeler Réginald et ne plus entendre ce chat qui miaule et qui saute hystériquement de meuble en meuble, évitant ainsi l'eau grasse et boueuse qui avance sur les tapis, emporte les bibelots et les pieds de la table.

La porte à jamais ouverte laisse entrer la mer qui visite et s'installe, prenant possession de tout et de tous. Balayant le superflu de la vie. Allant même jusqu'à entraîner dans sa course l'eau fuyante, soulevée en gerbes démesurées, plaquées contre les parois de bois et les tentures de velours.

Publié par ecrirecesthurler à 21:12:46 dans Un roman | Commentaires (6) |

Coeur en exil | 12 décembre 2006


Cœur en exil. Infernale machine de chair et de sang, friable. Je ne t'entends plus, je ne te sens plus.

Au détour d'une rue sale, faire faux bon, sans se retourner marcher pourtant à contresens, se perdre dans les banlieues sordides de l'oubli et du désarroi. Marcher en vain, puis courir vers nulle part, en espérant que ce sera ailleurs, que tout y sera meilleur.

Arrière-goût de fiel.

Les trottoirs sont pleins mais je les vois creux. Les êtres n'ont plus de sens, les bêtes côtoient le peuple. Cirque dégénéré des ombres menaçantes. Courir vers une autre allée, un autre sentier. Laissez-moi me reposer, m'échouer sur votre main aguerrie.

Impasse grignotée de dents machiavéliques, je reste hébétée, les yeux hagards, je ne reconnais plus rien. Ne plus se souvenir, l'amnésie reprend ses droits.

Et toujours cette amertume au fond de la gorge nouée, ce relent qu'aucun caniveau ne daigne recevoir.

Publié par ecrirecesthurler à 11:49:47 dans Maux en prose | Commentaires (10) |

Ainsi soit je | 11 décembre 2006

Publié par ecrirecesthurler à 23:14:30 dans Maux en prose | Commentaires (3) |

A côté de sa vie | 11 décembre 2006


Passer à côté de sa vie, sa dérive, voler dans l'air pur qui se fait de moins en moins putride, rester au calme, au chaud dans un nid, de poussière et de vent que l'oiseau a tressé.

Devenir cancre et s'immoler de mille feux, la peur au ventre, prier Dieu, l'hémisphère interdit, le donjon menacé.

Ne plus savoir transpercer les nuances, les couleurs sont mon unique chance, de transporter encore quelques avis, du côté abject de cette sordide nuit.

Ne pas rêver de beau, de sage, de confort, se laisser surprendre par l'abrupt coupure de l'aurore et voir son sang couler, ses veines se refroidir, les lèvres pâles, le teint clair, le vide appelle le cœur en son sein, la brûlure éternelle vient en vain le cacher.

Se méprendre au contraire du danger à venir, pour garder la tête hors de l'eau, et l'écume passagère.

Publié par ecrirecesthurler à 10:53:27 dans Maux en prose | Commentaires (12) |

Au pays des horreurs | 08 décembre 2006



Je vagabonde seule au pays des horreurs, le cercle d'initiés a réfréné mes peurs mais la paix survenue me laisse tout de même cet arrière-goût acide, ce sentiment de n'exister qu'au travers de mes écrits, cette violence faite à moi-même par l'intermédiaire de ces maudits farceurs.

Déposer des fleurs sur le marbre d'un tombeau, faire tomber de ses mains glacées un bouquet de roses séchées, presque blanchies par l'usure de ce long trajet vers nulle part, s'allonger sur une pierre qui refuse le corps et le laisse à la portée des oiseaux de mauvais augure.

Un cœur qui saigne n'est jamais beau à voir, un cœur qui aime ne peut toujours le savoir. Rendre les armes contre une poignée de cailloux, se donner du plaisir en jouant dans la boue, renaître amoindrie mais pourtant en sursis, et dévorer sa rage au profit du courage.





Je me suis endormie sur des fleurs, je me suis réveillée sur un tombeau...

Publié par ecrirecesthurler à 09:48:04 dans Maux en prose | Commentaires (7) |

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