Ne pas être fait de pierre, de fer. Avoir beau mettre des barricades, dresser des murs, avoir ses failles. Etre un ange déchu, un ange rouge, à fleur de peau, dont l'âme est fatiguée. Ne pas oublier ses rêves, les écouter, et se donner une chance de les réaliser. Apprivoiser son coeur et ses pensées, l'aider et non le malmener. Etre trop stressée, étouffer de l'intérieur. Faire réagir son corps pour donner l'alerte.
Mais ce n'est pas évident. Et puis ça recommence. Et ça s'arrête. Et ça recommence, un jeu vicieux pour essayer de faire basculer la cadence. Et hors du miroir, regarder cette partie, en espérant de ne pas se faire échec. Voir son coeur fané, mais le sentir beau aux yeux d'une personne. Se cacher derrière une force pour ne pas montrer comme on est fragile. Etre un ange déchu.
A trop vouloir cacher, se fatiguer, se blinder. Faire souffrir son cœur derrière une armure. Vouloir qu'une personne brise cette armure. Avoir l'impression de remplacer le manque par le don. Comprendre, ça ne doit pas être évident, de se battre avec ses ombres, sans personne sur le même bateau qui vogue à la dérive. Mériter d'être heureuse, avoir une belle âme. Avoir une douleur trop grande, avoir du mal à recoller les morceaux, avoir un coeur couvert de bleus.
Laisser le soleil entrer, lui faire une place, sourire, le sentir près de soi. Le mériter plus que tout.
"Souvenir"
Publié par ecrirecesthurler à 07:17:16 dans Souvenir :) | Commentaires (48) | Permaliens
Anne Sylvestre - Ecrire pour ne pas mourir
"Ecrire pour ne pas mourir,
Écrire, sagesse ou délire,
Écrire pour tenter de dire,
Dire tout ce qui m'a blessée,
Dire tout ce qui m'a sauvée,
Écrire et me débarrasser.
Ecrire pour ne pas sombrer,
Écrire, au lieu de tournoyer,
Écrire et ne jamais pleurer,
Rien que des larmes de stylo
Qui viennent se changer en mots
Pour me tenir le cœur au chaud...
Ecrire pour ne pas mourir,
Écrire, tendresse ou plaisir,
Écrire pour tenter de dire,
Dire tout ce que j'ai compris,
Dire l'amour et le mépris,
Écrire, me sauver de l'oubli.
Ecrire pour tout raconter,
Écrire au lieu de regretter,
Écrire et ne rien oublier,
Et même inventer quelques rêves
De ceux qui empêchent qu'on crève
Lorsque l'écriture, un jour, s'achève...
Écrire pour ne pas mourir,
Écrire, grimacer, sourire,
Écrire et ne pas me dédire,
Écrire ce que je n'ai su faire,
Dire pour ne pas me défaire,
Écrire, habiller ma colère.
Ecrire pour être égoïste,
Écrire ce qui me résiste,
Écrire et ne pas vivre triste
Et me dissoudre dans les mots
Qui soient ma joie et mon repos.
Ecrire et ne pas me foutre à l'eau..."
Publié par ecrirecesthurler à 07:47:37 dans Funambule | Commentaires (48) | Permaliens
De la pâquerette au coquelicot, du bleuet à la ronce, de l'églantier à l'épine noire, du liseron à la véronique... De la prairie abandonnée au lieu de souvenirs, du terrain de jeux d'enfants au jardin de grand-mère, la mauvaise herbe spontanée occupe progressivement les déchirures, les ouvertures, et crée de nouvelles poches de vie, un nouveau paysage, un nouvel espoir.
Publié par ecrirecesthurler à 09:29:58 dans Souvenir :) | Commentaires (72) | Permaliens
Jennyfer a épousé Réginald. C'était un rêve où la mariée était en noir et le mari, en blanc. Un rêve où le rêve côtoie la réalité. Et où la réalité n'est plus qu'irréalité. Un rêve qui ne ressemble à aucun autre, avec des personnages brûlants de vulgarité et de vices, avec des mégots flottant dans les coupes, encore pleines du nectar blond et pétillant qui enfièvre les âmes. Des coupes bordées de rouge à lèvre et attiédies par ces lèvres pulpeuses.
Un rêve où le marié avait un homme à ses côtés. Jennyfer avançait, silencieuse, au bras d'un homme en habits noirs, probablement son père, qui la menait vers la voiture ornée de rubans, de dentelles et de fleurs. Il ne souriait plus, ce père, hâtant sa fille vers l'échafaud. A bien y regarder, on aurait même pu apercevoir la petite larme perler à ses paupières. Puis jaillir de ses yeux noirs et froids. Une fille qui se marie, quelle histoire ! Une fille qui se marie avec un homme, quel espoir ! Une fille qui n'est en réalité qu'un travesti, quel désespoir !
En compagnie de Réginald, personne ne le reconnaissait. Plus il se faisait femme et plus il disparaissait en apparence. Laissant place à l'intrigue, le dégoût premier s'envolait avec Jennyfer. Laissant deviner sa peine et ses larmes, ses yeux s'effondraient avec elle. Aucun bras pour la soutenir, aucune force franche et virile. Tout juste son père et cet amant décharné, fardé et attifé de fanfreluches blanches.
Le repas était silencieux, tout comme les convives. Aucun rire, aucun murmure. Seul, le bruit des couverts s'entrechoquant était là pour rappeler que l'on assistait bien à un dîner. A un mariage. Sans famille. Avec seulement quelques dizaines d'invités et ce travesti gênant et incommodant parce que trop exubérant. Trop démonstratif dans ses gestes et dans ses allures. Trop complexe pour être compris.
D'une main gantée, il portait la coupe à ses lèvres. De l'autre, il fumait sans relâche, sans se décourager jamais et sans se soucier de l'endroit ou finissaient les cigarettes inconsumées. Il souriait à droite et à gauche, parlait haut et fort et riait aux éclats des plaisanteries douteuses de ses congénères.
Représentant de ce peuple lubrique et fidèle, il présidait à la table d'honneur, au côté du marié solitaire et rêveur. Il était fasciné par ses gestes lents, ses mains qui accompagnaient ses paroles, ses yeux qui brillaient à la lueur des chandelles et qui embrassaient l'auditoire masculin d'un seul regard langoureux et plein de malice. Comme il était fier d'être son compagnon ce soir et de faire enfin partie du cercle de ses amis ! Mais, malgré tout, il demeurait songeur et observait avec stupeur le spectacle dégradant auquel il était confronté.
Le malaise grandissait en lui bien que refoulé au plus profond de son cœur. Et resurgissait parfois sous forme de nausées, l'obligeant à repousser toute nourriture présentée. Étrange mariage où il n'y a ni mariée, ni église, ni enfants, ni robe blanche. Étranges également ces invités tous plus ou moins masculins : ces couples dont les femmes sont des hommes, en réalité. Masqués, sournois, mais bien réels sous leurs toilettes pailletées et leurs faux cils.
Peu à peu, le dîner est écourté et ne subsistent sur les tables blanches que les restes de cette orgie démoniaque. Les convives se trémoussent et se lèvent presque mécaniquement dans un flot de paroles et de parfums incompréhensibles. Des couples se forment. Des bretelles tombent, entraînant parfois les robes. Les cheveux se dénouent et le triste marié contemple en silence son mariage avec un travesti.
On y est enfin ! Le mot est bien lancé. Il ne faut plus le retenir. Il ne demande au contraire qu'à être célébré, qu'à continuer de vivre. Travesti pour le meilleur et pour le pire. Travesti pour la vie. Sa femme est un travesti.
Et lui, dans tout cela ? Homme ou femme ? Qui est-il si ce n'est plus le marié ? C'est le veuf noir. Le veuf joyeux. Enivré de vices et de vertus. Saoulé. Souillé. Perverti. Travesti.
Jennyfer est là qui sourit à tout le monde, qui se montre et se pavane. Qui fait rouler ses hanches fines et onduler ses boucles rousses. Il est là qui joue avec les hommes, les torture et se moque de leur pudeur, de leur retenue. Il est la reine du disco et de la bière.
Perdu dans ses rêves, Réginald oublie que la salle se vide, que les couples s'endorment, que les verres sont vides et qu'il n'y a plus rien pour les remplir, de plaisir. Il oublie son mari, ses témoins et son chagrin. Ce soir, il ne dansera pas jusqu'au matin, la tête contre son cœur, les cheveux dans les yeux.
Publié par ecrirecesthurler à 18:02:58 dans Un roman | Commentaires (29) | Permaliens
Il y a des jours avec et des jours sans
Publié par ecrirecesthurler à 07:41:27 dans Espoirs | Commentaires (78) | Permaliens
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