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ECRIRE EN SILENCE...

Les maux de l'inceste

Ange déchu | 20 septembre 2006


Ne pas être fait de pierre, de fer. Avoir beau mettre des barricades, dresser des murs, avoir ses failles. Etre
un ange déchu, un ange rouge, à fleur de peau, dont l'âme est fatiguée. Ne pas oublier ses rêves, les écouter, et se donner une chance de les réaliser. Apprivoiser son coeur et ses pensées, l'aider et non le malmener. Etre trop stressée, étouffer de l'intérieur. Faire réagir son corps pour donner l'alerte.

Mais ce n'est pas évident. Et puis ça recommence. Et ça s'arrête. Et ça recommence, un jeu vicieux pour essayer de faire basculer la cadence. Et hors du miroir, regarder cette partie, en espérant de ne pas se faire échec. Voir son coeur fané, mais le sentir beau aux yeux d'une personne. Se cacher derrière une force pour ne pas montrer comme on est fragile. Etre un ange déchu.

A trop vouloir cacher, se fatiguer, se blinder. Faire souffrir son cœur derrière une armure. Vouloir qu'une personne brise cette armure. Avoir l'impression de remplacer le manque par le don. Comprendre, ça ne doit pas être évident, de se battre avec ses ombres, sans personne sur le même bateau qui vogue à la dérive. Mériter d'être heureuse, avoir une belle âme. Avoir une douleur trop grande, avoir du mal à recoller les morceaux, avoir un coeur couvert de bleus.

Laisser le soleil entrer, lui faire une place, sourire, le sentir près de soi. Le mériter plus que tout.


"Souvenir"

Publié par ecrirecesthurler à 07:17:16 dans Souvenir :) | Commentaires (48) |

Ecrire pour ne pas mourir | 19 septembre 2006

Anne Sylvestre - Ecrire pour ne pas mourir

"Ecrire pour ne pas mourir,
Écrire, sagesse ou délire,
Écrire pour tenter de dire,
Dire tout ce qui m'a blessée,
Dire tout ce qui m'a sauvée,
Écrire et me débarrasser.
Ecrire pour ne pas sombrer,
Écrire, au lieu de tournoyer,
Écrire et ne jamais pleurer,
Rien que des larmes de stylo
Qui viennent se changer en mots
Pour me tenir le cœur au chaud...

Ecrire pour ne pas mourir,
Écrire, tendresse ou plaisir,
Écrire pour tenter de dire,
Dire tout ce que j'ai compris,
Dire l'amour et le mépris,
Écrire, me sauver de l'oubli.
Ecrire pour tout raconter,
Écrire au lieu de regretter,
Écrire et ne rien oublier,
Et même inventer quelques rêves
De ceux qui empêchent qu'on crève
Lorsque l'écriture, un jour, s'achève...

Écrire pour ne pas mourir,
Écrire, grimacer, sourire,
Écrire et ne pas me dédire,
Écrire ce que je n'ai su faire,
Dire pour ne pas me défaire,
Écrire, habiller ma colère.
Ecrire pour être égoïste,
Écrire ce qui me résiste,
Écrire et ne pas vivre triste
Et me dissoudre dans les mots
Qui soient ma joie et mon repos.
Ecrire et ne pas me foutre à l'eau..."

Publié par ecrirecesthurler à 07:47:37 dans Funambule | Commentaires (48) |

Véronique, herbe folle? | 18 septembre 2006



De la pâquerette au coquelicot, du bleuet à la ronce, de l'églantier à l'épine noire, du liseron à la véronique... De la prairie abandonnée au lieu de souvenirs, du terrain de jeux d'enfants au jardin de grand-mère, la mauvaise herbe spontanée occupe progressivement les déchirures, les ouvertures, et crée de nouvelles poches de vie, un nouveau paysage, un nouvel espoir.
Mauvaise herbe, plante agressive, toxique et colonisatrice. Plante mal-aimée, sorcière, indésirable, menaçante et lamentable. Sous son air de clocharde et de marginale, sous son air de romanichel et de misérable, ses fleurs sont médiocres, ses couleurs sont malades, elle vit en lisière de la société, citoyenne des terrains vagues ou vague citoyenne.

L'herbe est mauvaise parce qu'elle prend possession de l'espace qui ne lui est pas réservé, l'herbe est folle parce qu'elle court sur des sentiers battus. Outrageusement vigoureuse, « la plaie c'est ça : c'est qu'elle pousse trop vite, la mauvaise herbe nuit »...

Elle sème à tout vent ses myriades de graines, vouées à mourir dans le désert de granit, de béton et d'asphalte. Elle se régénère d'elle-même, stimulée par les difficultés. Les pas qui la piétinent la rendent plus forte encore. Elle passe là où les autres trépassent, elle pousse là où les autres s'émoussent...

Elle a des relents d'anarchisme, de marge et de sauvagerie. Elle est indomptable et rebelle. Ambiguë à souhait, elle se fait tour à tour plante sauvage ou herbe folle. Herbe folle sans contrôle. Elle est canaille et s'encanaille. Elle est maudite et créatrice, provoque et dérange comme un artiste. Elle est maléfique et envoûtante, tue ou guérit, elle est le remède et le poison à la fois.

Elle vit dans un coin oublié de son jardin noir, dans son univers pétrifié, que le temps n'affecte pas. Au début, on la remarque à peine. Puis, elle se développe un peu plus jusqu'à devenir tentaculaire et anéantir le jardin d'Eden de sa farouche insolence. Elle n'est que reine des petits espaces ensauvagés, ultime refuge de la nature incontrôlée. Elle n'est que rose masquée de résilles et entourée de barbelés...


Pourquoi la chasser ? La mauvaise herbe n'est pas celle que l'on croit. Jolie plante, meurtrière étouffant les plus belles fleurs. Tapie dans ses recoins, elle guette un instant d'inattention pour conquérir son territoire. Etrangère anonyme, étrange substitut de la beauté. Lèpre du jardin, maladie qui ronge comme la mélancolie. Compagne indésirable à la pâle et froide beauté, elle ne devient bonne que si l'on fait l'effort de la connaître.
Au lieu de la maudire, l'admirer, la protéger, elle qui appartient aux décombres, aux lieux ouverts, bouleversés, caillouteux, offrant lumière et disponibilité d'expression. Elle qui se repaît des reliquats de l'œuvre humaine.
Aimer l'herbe vile et mauvaise, la laisser coloniser son jardin, lui rendre ses couleurs délavées de rosée, lui faire une petite place pour lui permettre de s'épanouir, la protéger des vents fous, des oiseaux de mauvais augure.

Obéissant aux lois du vent et du hasard, la mauvaise herbe reviendra toujours... Si jolie à regarder... Inutile ? La mauvaise herbe s'en fiche, elle est libre... Véronique, mon jardin, clochardisé par un néfaste abandon, n'est plus que l'ombre de lui-même, livré à tes haillons de mauvaise herbe...

Publié par ecrirecesthurler à 09:29:58 dans Souvenir :) | Commentaires (72) |

Chapître 8 : Travesti pour la vie | 15 septembre 2006


Jennyfer a épousé Réginald. C'était un rêve où la mariée était en noir et le mari, en blanc. Un rêve où le rêve côtoie la réalité. Et où la réalité n'est plus qu'irréalité. Un rêve qui ne ressemble à aucun autre, avec des personnages brûlants de vulgarité et de vices, avec des mégots flottant dans les coupes, encore pleines du nectar blond et pétillant qui enfièvre les âmes. Des coupes bordées de rouge à lèvre et attiédies par ces lèvres pulpeuses.

Un rêve où le marié avait un homme à ses côtés. Jennyfer avançait, silencieuse, au bras d'un homme en habits noirs, probablement son père, qui la menait vers la voiture ornée de rubans, de dentelles et de fleurs. Il ne souriait plus, ce père, hâtant sa fille vers l'échafaud. A bien y regarder, on aurait même pu apercevoir la petite larme perler à ses paupières. Puis jaillir de ses yeux noirs et froids. Une fille qui se marie, quelle histoire ! Une fille qui se marie avec un homme, quel espoir ! Une fille qui n'est en réalité qu'un travesti, quel désespoir !

En compagnie de Réginald, personne ne le reconnaissait. Plus il se faisait femme et plus il disparaissait en apparence. Laissant place à l'intrigue, le dégoût premier s'envolait avec Jennyfer. Laissant deviner sa peine et ses larmes, ses yeux s'effondraient avec elle. Aucun bras pour la soutenir, aucune force franche et virile. Tout juste son père et cet amant décharné, fardé et attifé de fanfreluches blanches.

Le repas était silencieux, tout comme les convives. Aucun rire, aucun murmure. Seul, le bruit des couverts s'entrechoquant était là pour rappeler que l'on assistait bien à un dîner. A un mariage. Sans famille. Avec seulement quelques dizaines d'invités et ce travesti gênant et incommodant parce que trop exubérant. Trop démonstratif dans ses gestes et dans ses allures. Trop complexe pour être compris.

D'une main gantée, il portait la coupe à ses lèvres. De l'autre, il fumait sans relâche, sans se décourager jamais et sans se soucier de l'endroit ou finissaient les cigarettes inconsumées. Il souriait à droite et à gauche, parlait haut et fort et riait aux éclats des plaisanteries douteuses de ses congénères.

Représentant de ce peuple lubrique et fidèle, il présidait à la table d'honneur, au côté du marié solitaire et rêveur. Il était fasciné par ses gestes lents, ses mains qui accompagnaient ses paroles, ses yeux qui brillaient à la lueur des chandelles et qui embrassaient l'auditoire masculin d'un seul regard langoureux et plein de malice. Comme il était fier d'être son compagnon ce soir et de faire enfin partie du cercle de ses amis ! Mais, malgré tout, il demeurait songeur et observait avec stupeur le spectacle dégradant auquel il était confronté.

Le malaise grandissait en lui bien que refoulé au plus profond de son cœur. Et resurgissait parfois sous forme de nausées, l'obligeant à repousser toute nourriture présentée. Étrange mariage où il n'y a ni mariée, ni église, ni enfants, ni robe blanche. Étranges également ces invités tous plus ou moins masculins : ces couples dont les femmes sont des hommes, en réalité. Masqués, sournois, mais bien réels sous leurs toilettes pailletées et leurs faux cils.

Peu à peu, le dîner est écourté et ne subsistent sur les tables blanches que les restes de cette orgie démoniaque. Les convives se trémoussent et se lèvent presque mécaniquement dans un flot de paroles et de parfums incompréhensibles. Des couples se forment. Des bretelles tombent, entraînant parfois les robes. Les cheveux se dénouent et le triste marié contemple en silence son mariage avec un travesti.

On y est enfin ! Le mot est bien lancé. Il ne faut plus le retenir. Il ne demande au contraire qu'à être célébré, qu'à continuer de vivre. Travesti pour le meilleur et pour le pire. Travesti pour la vie. Sa femme est un travesti.

Et lui, dans tout cela ? Homme ou femme ? Qui est-il si ce n'est plus le marié ? C'est le veuf noir. Le veuf joyeux. Enivré de vices et de vertus. Saoulé. Souillé. Perverti. Travesti.

Jennyfer est là qui sourit à tout le monde, qui se montre et se pavane. Qui fait rouler ses hanches fines et onduler ses boucles rousses. Il est là qui joue avec les hommes, les torture et se moque de leur pudeur, de leur retenue. Il est la reine du disco et de la bière.

Perdu dans ses rêves, Réginald oublie que la salle se vide, que les couples s'endorment, que les verres sont vides et qu'il n'y a plus rien pour les remplir, de plaisir. Il oublie son mari, ses témoins et son chagrin. Ce soir, il ne dansera pas jusqu'au matin, la tête contre son cœur, les cheveux dans les yeux.

Publié par ecrirecesthurler à 18:02:58 dans Un roman | Commentaires (29) |

Des jours avec | 15 septembre 2006



Il y a des jours avec et des jours sans
De noir et blanc, de couleur ou de sang
Un jour ça va, un jour on pleure
Les jours sont les mêmes, pas meilleurs

Des jours on est avec et des jours sans
Quelqu'un près de soi, un ami, un enfant
Puis le lendemain on se retrouve seul
La peine au cœur, comme un linceul

On a l'impression d'être entouré, choyé, aimé
Entendu, compris et même désiré
Et si tout cela n'était que vil mensonge
Et si en fait on ne vivait que dans un songe

A force d'attendre, on se fabrique des questions
Qui trouvent rarement d'agréables solutions
Et puis on vit avec et puis on espère
Quelqu'un pour ramasser les morceaux de verre

On se dit que c'est bien, que c'est ce qu'il faudrait
Quelqu'un qui comblerait tout nos regrets
C'est fatiguant de toujours consoler, toujours parler
Et d'être soi-même trop souvent oublié

Ca apporte beaucoup de soigner, de guérir
Les maux des autres mais faut pas non plus se nourrir
S'abreuver de leurs souffrances, de leurs douleurs
Faut penser à soi, à son propre intérieur

C'est chouette de pouvoir se reposer un peu
De se sentir revivre et aussi d'aller mieux
D'avoir un cœur qui console toutes nos peines
Quelqu'un qu'on aime et qui est là juste pour nous-même.

Publié par ecrirecesthurler à 07:41:27 dans Espoirs | Commentaires (78) |

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