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ECRIRE EN SILENCE...

Les maux de l'inceste

Femme fragile | 29 août 2006



Des gestes, des mots qui résonnent sur son corps dans sa tête. Ce qu'ils lui ont fait. Ce qu'ils n'avaient pas le droit de faire. Réveille toi. Ils ne recommenceront pas. La petite fille est restée dans la pièce. C'est une femme fragile, cassée par tant d'horreurs et de douleurs qui en est sortie... L'innocence brisée, faire confiance aux adultes qui en abusent. Crier, et personne n'entend. Comme enfermée dans une bulle de verre où tout le monde passe à côté...

Il faut pleurer, crier, cracher les mots qui font mal. La douleur, cette boule de venin qui coule dans ses veines, sa détresse. Ce qu'ils lui ont fait, cet abus de pouvoir sous prétexte qu'elle est l'innocence, le beau, le nouveau. Torture de corps et d'esprit, par des bourreaux. Victime sensible et innocente, désespérée, brisée. Cette petite fille, qu'est-ce qu'elle voit, qu'est-ce qu'elle ressent ? Qu'a t'elle envie de dire ?

Envie de dire beaucoup de choses, envie de dire "non, arrêtez !", "aimez-moi !", envie d'appeler ses parents, envie de serrer sa poupée, envie qu'on s'occupe d'elle, qu'on la console, qu'on la lave et qu'on la coiffe. Mais tout ce qu'elle voit, ce ne sont que des adultes autour d'elle, qui ne lui font que du mal, qui lui ont attaché les mains pour qu'elle ne bouge plus, qui lui ont mis une main sur la bouche pour qu'elle ne crie pas. Et pour qu'elle arrête de vomir....


"Souvenir"

Publié par ecrirecesthurler à 08:16:43 dans Souvenir :) | Commentaires (47) |

Je veux pas grandir | 28 août 2006


Elle vient de fermer la porte, il fait tout noir. La porte  elle l'a fermée complètement. J'ai peur, j'ai froid, je n'aime pas le noir. Ils me disent que je suis grande, mais moi, je veux pas être grande. C'est quoi d'abord être grande, c'est ça être grande. Pourquoi ça fait mal d'être grand ?

J'entends un bruit. Qui s'approche de moi. C'est quoi ce bruit ? Si j'appelle, ils ne vont pas être contents, je remonte le drap sous mon menton, j'ai peur, je serre ma poupée tout contre moi, elle se sauve, elle aussi a peur. Mon p'tit cœur bat très vite.
J'ai pas envie d'entendre ce bruit, j'ai beau fermer les yeux, me boucher les oreilles, rien à faire. Je ne veux pas l'entendre.  Ils sont là, je ne veux pas ouvrir les yeux. Non !

Ils se rapprochent, sont tout près de mon lit, ne pas dire un mot, ne pas crier, surtout ne pas prononcer leurs noms, sinon ils vont me briser.

J'ai mal au cœur.

J'essaye de crier, je ne peux pas, les mots ne sortent pas, ils restent dans ma tête, comme mes larmes dans mon cœur.
J'ai du mal à respirer. Ils vont me tuer.

Je ne veux pas être grande, je suis toute petite, me faite pas de mal,  je serai toujours sage, je ne dirai rien.
Si c'est ça être grand et ben je n'aime pas.

Les monstres m'ont brisée, je suis souillée.


"Souvenir"

Publié par ecrirecesthurler à 10:00:36 dans Souvenir :) | Commentaires (59) |

Chapître 7 : L'oiseau de nuit (2ème partie) | 23 août 2006


Les rues sont sa demeure. Papillon nocturne, en long fourreau noir, on ne distingue plus que sa silhouette fluide et le petit point luminescent de sa cigarette. Qu'aimer en cet homme travesti en femme ? Qu'aimer chez cet homme voilé, fardé et insouciant, chez cette femme rousse, presque vulgaire et parfois ridicule, aux yeux de ceux qui ne savent pas ? Trop grande et trop masculine. Pourquoi toujours chercher à apercevoir entre deux soleils, entre deux baigneurs, le catogan roux, la serviette sur l'épaule, le sac à main bleu où se cache le masque féminin, la poudre et le bâtonnet rouge ?

Chaque année, Réginald attendait l'oiseau de nuit, solitaire et imprudent, toujours aussi peu masculin, toujours aussi peu féminin, mais avec toujours autant de charme à ses yeux. Cette année, il a fait sa connaissance et en est tombé amoureux. C'était au cours d'une soirée très spéciale, où les invités n'avaient plus de visages. Les danseurs tourbillonnent dans une parfaite harmonie, dans une parfaite symphonie et dans une parfaite jalousie. Les danseurs tourbillonnent et eux sont également entraînés par les flots irrésistibles que déverse la musique, par les paroles assourdissantes, l'ivresse de la bière et les rires des hommes. Ces rires qui sont comme autant d'éclats de verre s'élançant sur un carrelage, décrivant le faisceau d'une étoile, déchirant le silence et dessinant l'éternel sourire de l'éphémère. Couple étrange par sa froide beauté, fragile par sa pâle beauté. Une main sur l'épaule, une main sur la taille ? Un sourire aux lèvres mais de la peine au fond du cœur.

Le couple s'éloigne pour mieux se rencontrer, pour mieux se retrouver et s'apprécier ainsi comme il se doit. Couple uni à la lueur des néons. Couple uni par la force, l'ambiguïté, la complexité et l'opacité de l'amour. Par la raison cachée qui les pousse à s'embrasser dans le noir, à s'enlacer quand le soir les surprend à penser que la mort est ivre du mal de vivre, que la mort délivre du mal de vivre. Mais bientôt, bien trop tôt, les couples se déforment. Il est déjà tard, il est déjà l'heure. L'heure pour tous ces noctambules, ces papillons nocturnes de regagner leur fleur. L'heure pour cet homme maquillé, déguisé, d'oublier cette soirée un peu folle, jusqu'à la prochaine. L'heure pour Réginald d'oublier ce travesti et son rire de porcelaine ébréchée. Son rire qui sonne faux et qui lui rappelle à jamais qu'il restera imperturbablement ce qu'il est déjà. Un pauvre petit insecte papillonnant sans cesse. Sans jamais se poser ni se reposer. Une pauvre poupée multicolore, une âme sans raison, sans feu ni dieu, sans foi ni loi. Non, sans aucune loi pour mettre un semblant d'ordre dans cette pièce éventrée, pour aider ceux qui sont allongés à même le sol à se relever. Ceux qui ont trop bu, trop fumé ou trop aimé. Ceux que l'on a détestés, rejetés, évincés. Les pleurnichards au cœur gros mais au portefeuille hélas ! Trop léger. Trop plat. Trop las pour se relever. Pour relever ne serait-ce que la tête. Trop tristes même pour pleurer ou se plaindre. Ils persistent alors dans leur sommeil maladif et agité. Ne retrouvant leurs esprits qu'au matin, lorsqu'il est de nouveau l'heure de la rue.

Alors Jennyfer se met à marcher, à errer comme un vulgaire pantin de soie et de satin, tenu par d'invisibles ficelles, tiraillé par les amis, les amies. Par la foule en délire, la foule en désir. Par la faune indescriptible qui pullule tôt le matin dans les rues et dans les bars, dans les squares et dans l'espoir qui les fait vivre et peut-être aimer. D'un amour mécanique et ostentatoire. Provoquant certes, mais dangereux. Lui, se détache du groupe parce que plus mûr, plus fragile ou plus sensible. Parce qu'il préfère aimer et non se vendre, parler et non entendre. Il devient vite la risée des autres, le bouc émissaire sur qui pourront s'exercer et se déchaîner le rire et la haine dévastatrice de ses romanesques amis, de ses grotesques amis qui ne font plus rire personne.

Il est rouge, bleu, vert ou noir, sans nom. Uniquement caractérisable d'après sa couleur, d'après ces critères d'identification infaillibles que sont le Rimmel et la poudre. La fameuse poudre de Perlimpinpin qui lui permet le temps d'un instant de cacher son visage, de taire sa vérité et de changer ainsi de personnalité, de rôle dans la société. De se donner le bonheur fugace d'être frivole et amoureux. D'être ivre de promesses et de caresses. Mais l'effet de la poudre se limite bien vite au visage et le miroir lui renvoie souvent l'image d'un homme triste et feint. D'une mascarade burlesque et d'un mensonge qui n'arrive parfois plus à tromper personne. Ses yeux sont cernés et gonflés par l'alcool et la fatigue, la musique et la danse. Ses yeux sont gonflés par les larmes qu'il n'a plus envie de verser parce que les hommes ne pleurent pas.

Et puis le jour arrive et comme le vampire, il se cache, de peur d'être brûlé par la cruauté de la lumière. Il se cache aussi pour pleurer tel un enfant sans parent, un ami sans amant. Il se laisse aller, s'abandonne à qui voudra bien l'écouter. Mais qui veut l'écouter ? Qui veut le voir, le toucher, lui parler ? Qui veut passer un moment avec lui ? Ne serait-ce que pour lui laisser le temps de se confier, de se sentir enfin en sécurité. Qui veut l'aimer ? Personne n'en est capable ou n'y est réellement décidé. Alors, allongé sur un sofa de velours, dans une tenue de soirée extravagante, parmi les parfums d'opium et de jasmin, il se laisse lentement mener vers la mort, nous laissant ce spectacle terrible de la désolation humaine et de la fin tragique de cette femme amoureuse, enivrée de plaisirs.

Publié par ecrirecesthurler à 22:38:46 dans Un roman | Commentaires (18) |

Chapître 7 : L'oiseau de nuit (1ère partie) | 22 août 2006


C'est dans cette atmosphère de solitude et de détresse que Réginald rencontre Jennyfer, un noctambule travesti.

Le soleil lui brûle les ailes sans qu'il ne s'en rende vraiment compte. Et lorsqu'il prend son envol, le vent emporte un voile bleu, dévoilant sa peau brunie. Un voile qui n'est là que pour taire la nudité provocante. Ou pour la dévoiler. Troublante nudité d'un corps féminin et d'un visage pourtant masculin. Souvenir de ce visage ambigu, d'un sourire vite étouffé par une main fine et longue, par les volutes de la cigarette, voilant à peine les lèvres rouges et les yeux fardés. Par de lourdes boucles d'oreilles s'agitant au moindre assaut d'un rire à la fois suave et cristallin.
Souvenir de ce rire et de ces yeux qui pétillent.
Le soleil l'attire un moment, et le sable et la mer. Et les amis qui l'attendent, assis sur la digue. Mais les baigneurs aux regards dédaigneux l'évincent. Comme le soleil, il ne fera qu'une courte apparition. Un voile bleu, une dentelle noire ou blanche. Les longs cheveux roux noués en catogan puis dénoués par la même main fine, longue et vigoureuse. Coquetterie, vertige de l'invraisemblable et du difforme, la main saisit un miroir et, progressivement, la femme s'installe en l'homme.
Étrange métamorphose cosmétique. Superbe métamorphose génétique. C'est alors que le féminin rencontre le masculin, qu'ils se mêlent pour ne plus former qu'un seul corps, un seul être indifférencié.

Lorsque la main dénoue les cheveux, lorsque les jambes fines et élancées franchissent d'un bon la digue en émoi, lorsque la caresse du bâtonnet rouge se fait sentir sur les lèvres chaudes, lorsque la démarche se fait légère et féline, la voix douce et suave, la femme a enfin devancé l'homme qu'elle traîne alors comme le plus lourd de tous les fardeaux, comme le plus immonde de tous les êtres. Souvenir d'une entrée triomphale, d'un petit bar, de quelques habitués et d'inconnus déstabilisés devant la nature humaine ainsi bouleversée, devant la répulsion et l'abjection de toute virilité, devant le masque de l'éviration. Quelques-uns uns se retournent sur son passage, d'autres vont à lui, sûrs de l'effet qu'ils produiront.
Sans compter les verres se suivent, et la bière est son soleil. Ange déchu, il s'enivre pour revivre. Ange multicolore, il est le soleil de la petite ville estivale. Le soleil de minuit. Il est celui qui ne sort que lorsque la mer est noire sous le ciel étoilé. Lorsque les lumières de la ville scintillent et que l'on entend au loin les airs familiers de la salle de bar.

Femme excentrique et violente de couleurs. Femme perverse dans ses moindres mouvements. La fatalité de son regard nous désarme et nous charme. L'ambiguïté de sa personnalité nous met en doute et nous déroute. Le double jeu de sa nature équivoque affole les hommes. C'est un oiseau qui ne vit que la nuit. Toujours sans dormir, il erre et sa travestit à l'infini. Du haut de ses talons aiguille, il court vers son rêve, sans s'accorder de trêve. La bière le grise et l'ennuie. Il ira danser jusqu'à l'aube, jusqu'au réveil. Amère prise de conscience : le jour se lève et il faut dormir pour faire comme tout le monde. Le monde qui est à l'envers. Le jour se lève et il faut manger, puis aller à la plage. Lui, devra dormir encore. Et lorsqu'il fera trop chaud, il daignera enfin sortir et se montrer dans les ruelles désertées ou sur la plage ensommeillée.

Publié par ecrirecesthurler à 23:47:34 dans Un roman | Commentaires (28) |

Particules | 21 août 2006


Petites particules, arrivées dans sa bulle, recouverte de pensées pures, roule à l'envers, soutenue par les sourires, fatiguée sur la route, tenue en laisse par la vie, elle ne peut s'accommoder. En manque, elle s'agite, un besoin d'action se fait ressentir, un vide qu'elle a besoin de combler par des passions, pour masquer  ses sources vives et profondes.

Plaisirs impolis, passions convenables, l'amour et l'ambition, alliés sans être liés, l'une s'affaiblit, l'autre se ruine. Le temps avance, les regards se croisent et se décroisent, des rencontres en tout genre, futiles, imprévisibles, inaccessibles. L'âge de raison n'a ni fin, ni commencement.

Misérable vie, si courte, toujours à courir, le compte à rebours enclenché, à chercher une vie tumultueuse et agréable, une vie bien rangée, on jette par-dessus bord ses plaisirs. Mais c'est dans la nature humaine, se sentir aimé, envie d'être aimé.

Et on avance, on perd la cadence, on ne sait pas où l'on met les pieds, l'esprit à l'envers, le cœur en folie, passions de feu, confusion mentale.

C'est bon d'avoir peur, d'aimer avec ardeur, l'éloquence de deux personnes, force et flexibilité jusqu'au cœur. Bâtir des parois, pour se protéger, ne plus pleurer de douleur, mais on a beau se cacher, l'amour ne cesse de nous retrouver, on ne peut vivre sans elle, on ne peut survivre sans elle.

"Souvenir"

Publié par ecrirecesthurler à 20:41:35 dans Souvenir :) | Commentaires (39) |

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