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ECRIRE EN SILENCE...

Les maux de l'inceste

Anorexia | 05 août 2006


C'est si difficile de résister
C'est si difficile d'arrêter
C'est si difficile de se faire confiance
C'est si difficile de redevenir "une"
Lorsqu'on a pris l'habitude de vivre avec "l'autre" en soi
Elle est là, elle me détruit
Mais si elle s'absente, elle me manque...

Publié par ecrirecesthurler à 14:32:30 dans Maux en prose | Commentaires (30) |

Une déclaration | 04 août 2006

Quand je suis seule et que je peux rêver
Je rêve que je suis dans tes bras
Je rêve que je te fais tout bas
Une déclaration, ma déclaration

Quand je suis seule et que je peux inventer
Que tu es là tout près de moi
Je peux m'imaginer tout bas
Une déclaration, ma déclaration
Juste deux ou trois mots d'amour
Pour te parler de nous
Deux ou trois mots de tous les jours
C'est tout

Je ne pourrai jamais te dire tout ça
Je voudrais tant mais je n'oserai pas
J'aime mieux mettre dans ma chanson
Une déclaration, ma déclaration
Je veux des souvenirs avec toi,
Des images avec toi,
Des voyages avec toi
Je me sens bien quand tu es là
Une déclaration, ma déclaration

J'aime quand tu es triste
Et que tu ne dis rien
Je t'aime quand je te parle
Et que tu ne m'écoutes pas
Je me sens bien, quand tu es là
Une déclaration, ma déclaration



PS : Cela n'a jamais été dans mes habitudes, c'est même la première fois que j'agis ainsi... je ne sais pas ce qui me prend... je me suis égarée... j'espère que vous ne m'en voudrez pas...

Publié par ecrirecesthurler à 09:30:26 dans Espoirs | Commentaires (32) |

Etre anorexique | 02 août 2006



C'est vouloir faire souffrir mon corps
Sentir pénétrer cette douleur jusqu'à la mort
Aimer ressembler à une branche muette
Me confondre avec la terre, rester inerte
Ne faire plus qu'une avec un arbre
Sourire en balançant mes armes
Aimer ce choix, cette punition
M'en vouloir plus que de raison
Encore et toujours, vomir ma bile
Sur ce déchet, cette loque futile
Que je suis devenue, une moins que rien
Ressemblant bientôt à ces moisissures
Qui poussent le long des troncs en pourriture

C'est vouloir faire souffrir mon âme
Sentir pénétrer la fureur et la flamme
Aimer ressembler à un squelette maudit
Tout confondre, passé, présent, furie
Ne plus faire corps avec moi-même
Hurler en vidant ce dilemme
Aimer ce monstre qu'ils m'ont rendu
M'aimer maigre et bien perdue
Toujours et encore, vomir mes tripes
A chaque peur, à chaque crise de panique
Je suis forte et faible à la fois
Ressemblant bientôt à cet arbre calciné
Qui pousse en vain dans mon cœur blessé

 

Publié par ecrirecesthurler à 21:39:01 dans Maux en vers | Commentaires (18) |

Les flots, les flocons et les folichons | 01 août 2006


Photo
: Véro
Texte : Inès A.


J'ai vu dans tes larmes mon reflet

Reflet de mon feu
Reflet de ma flamme
Le flot des mots Affamés
Les flocons de coton
Brûlés sur les falaises
Les flocons de tes mains de braise
Tes mains givrées par le silence
Tes lettres font dans mon cœur
Un fracas de battement en coup
De poing qui s'élève contre
Contre qui contre quoi
Peu importe peu importe
Tes larmes m'ont rappelé
Ma brisure
Ma déchirure
Le chœur qui saigne de la
Fêlure
Tes larmes O ma douce
Tes larmes font germer
Des pousses rousses
D'ardeur des sourires
Contre les armes
Ne cherche pas à te voiler
Ne cherche pas à te "ligament-er"
Reste comme tu es comme tu es
Avec
Ta brisure
Ta déchirure
Ton sable en rose
Tisse de tes mots
Un fil
Qui te liera
A l'étoile qui un jour
M'a renvoyé tes mots
En ecchymoses En échos
Laisse s'alourdir ta flaque
Laisse déborder Ton flot
Laisse couler ta barque
Et Certains s'y noieront
Certains s'y épancheront
Certains s'y pencheront
Et si certains ne la frôleront
Pas- ils ont besoin de balises
Quand tout se lit dans la hantise
Tant pis pour eux tant pis
Et tant mieux pour moi
Reste laisse couler
Ton flot
Ma vie recommencera
A la fureur
De ta folie
A la fièvre
De ton îlot

 

Publié par ecrirecesthurler à 10:51:05 dans Funambule | Commentaires (35) |

Chapître 6 : Réginald, mon chéri | 30 juillet 2006


Réginald ressentit le besoin de s'isoler complètement. Et la petite maison près de la plage, appartenant à sa mère, lui semblait être le cadre idéal. Ses nuits comme ses jours étaient très agités, et bien souvent il restait allongé dans le noir, les yeux ouverts, à écouter sa respiration régulière ou à repenser à Stefan.

Le cri lui échappa mais il était déjà trop tard. Il faisait déjà trop nuit. Au moment même où la voiture quittait la route, il avait ressenti le danger pour sa mère. Cette femme tant aimée et peut-être la seule qu'il aime encore aujourd'hui. Au moment même où elle disparaissait de sa vie, elle n'en était que plus présente en son esprit.

A ses côtés, il revoyait son ami qui dormait paisiblement ; son «chéri » comme il l'appelait. Une main repliée sur la poitrine, ses longs cils blonds lui donnant l'air de l'adolescent qu'il n'était déjà plus. De l'amoureux fou remplacé par le fidèle époux.

Il s'était levé pour prendre un somnifère ; et surtout pour chasser toutes ces visions qui lui mettaient les nerfs à fleur de peau. L'empêchant ainsi de jouir pleinement de sa vie d'homme libre. Assis sur le bord du lit, il se plaisait à contempler Stefan son chéri et à lui caresser tendrement les cheveux. Il dormait toujours sans souci : il se laissait conduire par Morphée, sa muse et le sommeil calmait ses douleurs et ses peines. Le sommeil lui enlevait toute agressivité, tout sentiment ; il était libre.

Réginald tenta de se rallonger quelques heures encore. Au moins jusqu'à sept heures, mais la voiture folle le secouait de nouveau. C'était comme si elle passait et repassait sur son corps meurtri, sur son cœur endolori, pour lui faire comprendre la souffrance qu'une mère peut endurer, et la jalousie. Une mère presque reniée, oubliée. Une mère désarmée devant les arguments d'un fils amoureux, désemparée devant l'intrusion d'une passion rare et virile, d'une passion si forte et si vraie. Une passion soudaine mais non éphémère. Subtile et sincère.

La tête sous l'oreiller, il revoyait de nouveau cette scène dans toute son horreur. Et bien des années après, ce souvenir tant de fois ressuscité le surprenait encore par sa violence et sa réalité. Il le laissait perplexe et nostalgique, irrité contre un destin qui n'en est pas un, qui n'est pas le sien.

Sa mère ouvrait la vitre de son côté, remerciait une dernière fois le seigneur de lui avoir donné un fils et maudissait en hurlant son «chéri » de le lui avoir repris dans de telles conditions. L'air qui s'engouffrait dans la voiture ébouriffait ses cheveux. Ses yeux étaient vides et désespérés. Les larmes entraînaient le Rimmel et ne laissaient pour maquillage que quelques traînées brunâtres le long de ses joues blêmes. Ses lèvres crispées ne réussissaient même plus à murmurer la moindre prière. Ses mains serraient le volant comme elles auraient voulu serrer son fils une dernière fois entre ses bras. Elle avait revêtu sa plus jolie robe, celle qu'il lui avait offerte le jour de son anniversaire. Celle qu'elle n'avait pas encore portée de peur de la tacher ou de la déchirer. Cette robe qu'elle conservait comme une relique sur la plus haute étagère de son armoire. De temps en temps, elle montait sur une chaise, sortait la robe de son emballage de plastique gris, et s'asseyait sur le lit, serrant le tissu fleuri contre son cœur, croyant bercer un bébé. Imaginant son fils, elle la couvrait de baisers et lui parlait presque imperceptiblement.

Aujourd'hui, elle avait également un collier de perles, assorti à la robe, et aux boucles d'oreilles, souvenir des vacances sur la Côte d'Azur. La route défilait derrière le pare-brise. La route grise et humide. Encore gorgée de la dernière pluie. On dit que les fenêtres sont les yeux des maisons, pourquoi les vitres ne seraient-elles pas les yeux des voitures ? Des yeux de tous les côtés pour mieux regarder une dernière fois le paysage vert et gris. Des yeux de toutes les couleurs pour le désert des souvenirs. Des yeux par lesquels on meurt et par lesquels on aperçoit les morts qui ne sont en fait que des vivants jouant à être morts.

Cette nuit-là, Réginald a plongé ses yeux dans ceux de sa mère. Dans ceux de la mort. Il a vu la route glissante, les roues glisser, la voiture entraînée dans une ronde endiablée. Elle n'en finissait pas de tourner sur elle-même, de trembler et de se désarticuler comme un vulgaire pantin de vieux bois. A chaque nouveau bond, elle perdait un élément : un petit quelque chose qui restait accroché à l'herbe et qui tournoyait encore plusieurs secondes avant de s'immobiliser complètement et pour longtemps.

Et puis la voiture a perdu cette mère endimanchée, elle-même perdue parmi ses idées. Elle l'a rejetée de toutes ses pauvres forces avant de se laisser mourir dans le brasier. Elle a voulu lui épargner la dernière épreuve de la danse du feu. Elle a voulu lui sauver la vie mais il était déjà trop tard, il faisait déjà trop nuit. Les vitres regardaient cette femme qui n'en finissait pas de tourner sur elle-même, de trembler et de désarticuler comme un vulgaire pantin de vieux bois. A chaque nouveau bond, elles la voyaient perdre un élément, un petit quelque chose d'elle qui restait accroché à l'herbe et qui tournoyait encore plusieurs secondes avant de s'immobiliser complètement et pour longtemps. Puis la femme s'immobilisait à son tour. Complètement et pour longtemps.

Son visage était tout contre la terre, humide et tiède. Son visage si fin souillé par cette terre fétide. Les yeux ne voyaient plus bien qu'ouverts. La terre les obstruait, empêchant ainsi le passage des larmes. Les traces de Rimmel le long de ses joues n'étaient que terre et sang mêlées ; les cheveux, un peu plus ébouriffés encore, adhéraient au sang, interdisant ainsi toute recherche minutieuse des boucles d'oreilles ou du collier. Un collier sans fil dont il ne reste que quelques perles éparses au fond d'un tiroir de table de nuit. S'il n'y avait plus de collier, il n'y avait plus non plus de robe. Elle qui ne la portait qu'en rêve de peur de la tacher ou de la déchirer, achève aujourd'hui son rêve dans la souillure perpétuelle. La robe rouge, le sang blanc, on ne sait plus tellement où on en est dans ce méli-mélo de matières. Est-ce la mère qui a tué la voiture ? Ou bien la voiture qui a tué la mère ? Ou bien le fils qui les a tuées toutes les deux en même temps ? Pour ne plus avoir à supporter leurs cris et leurs pleurs. Pour ne plus avoir à les entendre ni à les comprendre.

Publié par ecrirecesthurler à 20:51:34 dans Un roman | Commentaires (24) |

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