S'il vous plaît, relisez-moi depuis le début et donnez-moi votre avis, commentez, argumentez, conseillez, comprenez... Mais surtout, ne jugez pas.
J'ai besoin de savoir. Pour moi, pour ceux qui m'entourent, pour mes choix, pour mon passé et mon avenir.
Merci.
Publié par ecrirecesthurler à 22:22:34 dans Espoirs | Commentaires (3) | Permaliens
Pleurer. Je ne sais plus rien faire d'autre. Rien ni personne ne saurait m'arracher à ces larmes qui ne me soulagent même plus. Je ne sers à rien. Je ne crois plus en les autres. Mais surtout, je ne crois plus en moi-même. Sensation obsédante. Absence d'intérêt pour ce monde où je n'ai plus de place. Où je me sens inutile, futile. Idées noires installées. Souffrance intolérable. Envie de détruire ce corps déformé par les coups et les douleurs, torturé par la haine et la rancoeur. Implacable fatalité du sort.
Publié par ecrirecesthurler à 20:35:35 dans Maux en prose | Commentaires (5) | Permaliens
Quelques années après leur mariage, naquît Réginald, un petit garçon blond aux traits encore plus fins et plus féminins que ceux de ses parents. Au visage blême et farouche, aux lèvres et aux joues roses. Sa maman était folle de lui, délaissant son mari condamné à errer sans but, entre son atelier et le jardin. Toute son attention allait au petit ange qui grandissait trop vite. Désireux de prolonger cette symbiose protectrice, il restait enfant tout en étant déjà adolescent. Sa mère remarque qu'il s'intéressait beaucoup aux jeunes garçons qui le croisaient dans la rue. Et que, pour tenter de les séduire, il leur tenait des propos étranges. Étrangers. Il changeait pour eux sa façon de marcher, ses vêtements et sa voix. Il dérobait à sa mère des tubes de rouge à lèvres et des flacons de parfum. Mais pour tout cela, elle ne le réprimandait jamais, l'encourageant toujours, le félicitant même des conquêtes qu'il accumulait, observant avec tendresse le défilé de ces hommes plus ou moins féminins, et la métamorphose de son fils en femme du monde, somptueuse et grandiose.
Son père, lui, ne sachant comment le juger, n'osant le condamner, se laissa entraîner par l'alcool et les hommes. Il fréquentait de moins en moins son atelier et de plus en plus les bars pour homosexuels, à la recherche de quelques aventures extra-conjugales et particulières, capables de lui faire oublier le quotidien de son ménage.
Une nuit d'abandon et de solitude, le jeune garçon éphémère poussa l'étroite porte de cette pièce encombrée pour y découvrir la misère longtemps ignorée. Sur les étagères, parmi les pots austèrement alignés, certains étaient ouverts sur de la couleur sèche et rabougrie. D'autres empilés avaient dégringolé sur le sol, répandant au passage leur bile amère sur les toiles oubliées. Au centre, sur le grand chevalet, le dernier portrait représentait un visage fin et anguleux, au nez et aux lèvres bien dessinés. Un androgyne, une chimère mi-homme mi-femme au teint de porcelaine et aux yeux bleus. Un visage sans vie et presque sans couleur, qui ressemblait au sien à s'y méprendre. Une esquisse de la féminité masculine, une ébauche de l'éviration. Contemplant son reflet dans ce miroir esthétique, le jeune homme pensa qu'il aimerait rayer à jamais cette image de lui-même, qu'il voudrait être une femme, avec tout ce que cela implique, et plus seulement une âme de femme dans un corps d'homme.
Publié par ecrirecesthurler à 12:10:22 dans Un roman | Commentaires (4) | Permaliens
Elle, elle était institutrice. Un joli métier quand on aime les enfants et les couleurs. Elle leur enseignait le rire et la vie, la musique et l'amour. Tous les matins, elle arrivait la première, tirait les rideaux et ouvrait les fenêtres au soleil de neuf heures. La classe était sa maison, les enfants ses enfants. Des dizaines de petites têtes blondes et brunes, de petits sourires édentés, de petits genoux écorchés. C'est ici qu'elle se réfugiait lorsqu'elle avait de la peine. C'était un havre de paix où personne ne pourrait plus la déranger ni la distraire. Elle contemplait alors chaque objet en silence puis rangeait les crayons dans les pots, les peintures et les craies sur les étagères, reconstituait les pyramides de cubes et caressait les cheveux des poupées endormies, des oursons éventrés.
Chez elle, il n'y avait pas de couleurs, de rires et d'enfants. Chez elle, tout était gris et maussade. Le mobilier sombre et restreint donnait aux pièces une dimension tragique et austère. Les fenêtres fermées sur le monde n'envoyaient plus aucun message. Plus de soleil, plus de facteur, plus de chien accueillant, plus de père. Absent injustifié à cause de son travail forcené, c'est un verre à la main qu'il s'endort et se réveille, tôt le matin, sa lourde sacoche dans une main, son déjeuner du midi dans l'autre. Cette vie dépravée avait fini par aigrir sa mère qui ne tolérait plus la présence de sa fille. Une mère devenue froide et distante ; parfois violente, elle osait lever la main sur elle ou déchirer ses livres, objets du savoir et de la connaissance du monde.
Tous les jours, elle se jurait de quitter cet endroit, cet enfer. De trouver un homme, peu importe lequel, et de l'épouser sans délai. Mais le sentiment qu'elle éprouvait pour les hommes de son âge ses situait plus du côté de la répulsion que de l'admiration. Elle détestait leurs sourires moqueurs, et leurs regards critiques. Elle maudissait leurs barbes broussailleuses et leurs cheveux grisonnants. Elle exécrait leur brutalité et leur autorité. Puis elle le rencontra par hasard ou par envie. Si différent des autres et si proche de sa conception personnelle de la virilité.
Lui, il était peintre. Son atelier, une petite pièce sous le toit d'un immeuble. Le mobilier se suffisait à lui-même, composé uniquement d'un grand chevalet, trônant au centre, de toiles éparses entassées contre les parois, de pots, de pinceaux et de chiffons. Deux lucarnes symbolisaient l'éclairage nécessaire et le parquet grinçait, même sous les courtes pattes de son chat. De la même façon qu'elle le faisait dans sa classe, il s'enfermait dans son atelier pour vivre pleinement. N'en sortant que pour s'alimenter, occasionnellement, acheter quelques toiles blanches ou embrasser sa femme.
Elle l'avait aimé dès le premier regard, pour sa différence et sa complexité. D'un homme, il avait l'apparence, d'une femme, la féminité des traits. Il choisissait toujours ses vêtements avec le plus grand soin et après maintes réflexions et concertations. Il se maquillait parfois, d'une légère trace de fond de teint et d'un trait brun sur la paupière. Il était délicat, fragile, enfantin. Il aimait les chats et sa peinture, les hommes et sa femme.
Amoureuse de l'éviration, elle aimait ses cheveux blonds et son regard bleu, l'ambiguïté de ses mouvements, le maniérisme de ses gestes et le ton suave de sa voix langoureuse.
Publié par ecrirecesthurler à 10:37:19 dans Un roman | Commentaires (4) | Permaliens
Publié par ecrirecesthurler à 19:02:33 dans Maux en prose | Commentaires (7) | Permaliens
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