• Je suis un grain de sable comme un brin de fable. J'ai lu des histoires qu'on ne m'a jamais contées. J'ai appris la vie seule, mal retenu mes leçons, moi la si bonne élève. Je n'en fais qu'à ma tête. Je suis éprise de ce vent de liberté, moi la si jeune condamnée. Celle qui veut vivre après la mort, revivre après la guerre.

    Trop d'années de souffrances et d'enfermement. Trop d'années à subir, gémir et ne rien dire. Trop d'années à me lire, à l'intérieur de moi. Trop d'effroyables souvenirs, cailloux noirs sur mon chemin étoilé. Trop d'épouvantables lueurs, rais éteints de mon coeur, que parsèment encore quelques fois, les trophées que le temps ressasse, les détritus que la vie ramasse.


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  • J'ai passé 8 ans à n'être RIEN, à être un jouet, le jouet de leurs espoirs, de leurs folies, de leurs caprices, de leurs sévices.
    8 ans à tout accepter, tout donner, tout recevoir, tout perdre.
    8 ans à me traîner à leurs pieds, à lécher leurs peaux, à engloutir leurs langues, à serrer leurs corps, à recevoir leurs sexes.
    8 ans de non-être, de non-vouloir, de non recevoir.
    Tout donner pour ne rien avoir. Tout offrir pour aucun plaisir...

    Ils ont brisé mes rêves de contes de fées. Ils ont pourchassé mes princesses, broyé mes lutins, écartelé mes poupées, souillé mes peluches.
    Je n'étais plus une enfant avec des rêves plein la tête. J'étais devenue une esclave avec du sang plein les jambes et le ventre noué de peurs. Je n'étais plus RIEN, une petite fille sans vie, celle que je nomme "fantôme". J'obéissais sagement, j'attendais patiemment. Je vivais mes journées repliée sur moi-même, toute recroquevillée de honte et de douleur.

    Ils venaient se servir de moi à leur guise, au gré de leurs désirs. Ils venaient profiter de moi sans se soucier de ce que je devenais, de ce que je ressentais. Ils aimaient leur jouet à leur façon, ils l'aimaient pour eux, pour leurs plaisirs personnels. Moi, je pensais que c'était cela aimer et faire plaisir. Je pensais qu'il fallait donner aux adultes ce qu'ils réclamaient de moi. Sans réellement réclamer, mais plutôt en se servant seuls d'ailleurs... J'étais leur repas, leur goûter, leur dîner. J'étais leur apéritif, leur vin, leur alcool, leur drogue. Ils ne pouvaient plus se passer de moi. Je me serais bien passée d'eux, moi...

    Une loque, un pantin, un bout de chiffon crasseux, une infâme guenille qu'on trimballe de pièce en pièce pour faire le ménage. Voilà ce que j'étais. RIEN. Je n'avais d'utilité que sexuelle. je n'avais d'entité que sexuelle. Je n'avais de vie que sexuelle. Je n'avais d'espoir que de mort... Peu importait le reste, peu importait le jour, je ne vivais que de nuit, que de cauchemars, que de bruit, que de larmes. Je ne vivais que pour eux, que par eux. Une dépendance non-affective, affligeante. Un lien sordide m'unissant à ces monstres, outre celui du sang, celui du don, celui du devoir. Un lien qui sentait les vomissures. Comme un cordon ombilical crevé qui laisse encore échapper quelques relents.


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  • J'ai toujours eu peur de la nuit.
    Je me suis toujours arrangée pour fuir la nuit.
    J'ai toujours pris plaisir à ne pas aimer la nuit.

    Je ne veux pas la laisser me prendre, me surprendre, de ses bras glacés, de ses pas feutrés.
    Je ne veux pas la laisser m'engloutir, m'assoupir, de ses yeux cachés, de ses bruits faussés.
    La nuit, les gens sont gris, les gens sont tristes.

    La nuit, les gens parlent et partent. Comme ils sont venus. A demi-mots, à demi-voix. Et leurs chuchotements me bercent d'innommables comptines à faire frémir le plus aigri des loups, à faire pâlir le plus hardi des fous.

    La nuit, les gens meurent dans d'étranges souffrances, issues de leurs vastes errances. Ils se décomposent, ils se dispersent. Ils m'indisposent et m'agressent.

    La nuit, les gens crient, dans leurs maladies, vermines contagieuses dans leurs yeux sombres et hagards. Agglutinés comme des amas de sordides vomissures, les enveloppant d'une âcre tiédeur.

    La nuit, les gens ne dorment pas. Ils restent debout, spectres lourds et mous. Ils cognent leurs têtes à leurs murs intérieurs pour chasser leurs cauchemars et dissiper leurs peurs.

    La nuit, les gens sourient, ébahis, étourdis. Ils ont ce regard froid de peines et de haines. Le regard impromptu et ininterrompu que le brouillon de leurs vies leur rejette au visage, que les silences de leurs cris leur hurlent de rage, que le brouillard de leurs cerveaux leur vole leurs plus belles images.


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  • J'écris comme on crie
    J'écris comme un cri
    Un cri du coeur
    Un cri de peur
    Un cri de pleur
    J'écris et m'écris
    Que je vis
    Que je suis
    J'écris comme je suis
    J'écris qui je suis
    J'écris mon oubli
    Je crie mon déni
    Et mon cri déchire la nuit
    Et ma nuit respire sans bruit

    J'écris comme on prie
    J'écris comme un prix
    Un prix d'honneur
    Un prix d'humeur
    J'écris et mon coeur
    Epris de magique
    Est pris de panique
    J'écris comme j'aime
    En proses, en poèmes
    J'écris ma haine
    Ma vie de bohême
    Et ma prière déchire le jour
    Et mes jours respirent l'amour


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  • Il est quelques fois de belles rencontres, des rencontres dues au hasard, des rencontres que l'on fait bien trop tard, des rencontres sans fard.
    Il est quelques fois des personnes cachées au fond d'elles-mêmes, des personnes que l'on découvre petit à petit, que l'on apprend à connaître, à deviner, à aimer.

    Et parmi ces rencontres, il en est qui nous sauvent de l'impossible malgré nous, qui nous ramènent lentement vers la lumière et la vie alors que l'on n'y croyait plus, alors que tout nous semblait perdu.
    Et parmi ces personnes, il en est qui nous sont si chères que l'on donnerait tout ce que l'on possède pour les aimer, jusqu'à nos dernières forces, notre dernier souffle de vie.

    On aimerait que ces rencontres ne prennent jamais fin, qu'elles se poursuivent au-delà de tout, qu'elles éclairent longtemps notre chemin bordé de roses ou de ronces.
    On aimerait que ces personnes soient auprès de nous lorsqu'elles ont mal, pour sécher leurs larmes, pour tenir leur main, leur faire un sourire, leur dire un je t'aime.

    Lorsqu'une amitié, un amour, a pu faire un miracle, elle ou il peut en faire plusieurs, il suffit simplement d'ouvrir son cœur, de laisser parler son âme...


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