• Sang


    Un autre mot qui me hante. Le sang des femmes "normales", le sang qui donne la vie ou qui la reprend, le sang naturel ou le sang souillé de douleur. Celui qui m'a fait prendre conscience que quelque chose n'allait pas en moi. Le sang qui coulait sur le carrelage de l'hôpital. J'ai tellement honte de tout salir ainsi. Tellement mal aussi que je m'échoue sur ce carrelage avec délectation. Enfin, je suis à l'abri. Enfin, quelqu'un va s'occuper de moi et me deviner. Je suis libre, libérée de leur emprise. Il fait chaud, un jeune homme me serre contre lui et me relève doucement. Il a peur, moi aussi. Nos yeux se croisent quelques secondes et je sais qu'il a compris l'ampleur du désastre et la détresse dans laquelle je me trouvais.

    Pourtant, je n'ai rien dit à personne. Durant ces quelques jours, je suis brusquement muette. Physiologiquement, je ne peux plus parler, tant la douleur et la honte me serrent la gorge. Choc post-traumatique, déchirure de la vulve sur 2 centimètres de chaque côté, "suture" dit le médecin à cet infirmier. Pourquoi toutes ces questions auxquelles je ne peux répondre? Je voulais qu'on m'aide, qu'on me garde dans cet hôpital. Je voulais un peu de chaleur, d'affection et de sécurité.

    Mais il pleut et elle me ramène à la maison. Elle ne me lâche pas la main. Le silence, pas de bruit, pas de vague, mais la punition pour tout le remue-ménage que j'ai occasionné. La punition que je ressens dans leurs regards et dans la main qui serre mes doigts de plus en plus fort. Une main froide, sèche et rêche. Une main qui caresse et qui frappe en même temps. Une main de MERE et de BOURREAU.

    Pourquoi j'ai laissé faire ça? Pourquoi je leur ai permis de m'enseigner toutes ces horreurs, tous ces "jeux"? Il suffisait d'un mot pour tout arrêter. Je devais dire NON. Mais je ne parlais pas. Je souffrais et pleurais en silence. Tétanisée, je cherchais des réponses aux questions qui secouaient ma tête en tous sens. Tout est embrouillé : EUX, MOI, NOUS, HIER, AUJOURD'HUI.

    Je vis dans ce passé qui me poursuit et me traque. Je vis comme attirée par ces scènes de violence et de sexe qui me répugnent tant. Je vis à reculons alors qu'eux avancent à grands pas vers l'avenir. Ils ne se doutent de rien. Ils ne savant pas ma souffrance, mes cauchemars, mes doutes et mes angoisses. Ils ne voient pas si je ris ou si je pleure, si je vis ou si je meurs.


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