• Soupirs de violettes



    Les sanglots se brisent au bout de mes doigts, bleus et gercés. Le temps, comme une engelure, fissure le creux infime de mon silence. Le ciel moite et brouillé me trouble de détresse. Ma paume, froissée de rides, se noircit au fil des saisons. Ma page vierge se marre et crève l'abcès de l'absence.

    Les violettes soupirent. Leur haleine suave, chargée des embruns, fouette l'impuissance des mots de délire. Les miroirs s'affrontent en reflets de prismes. La lune se promène dans mon regard flou. Mon corps se délie sous la pointe d'une langue acérée, se fêlant d'un rire gras. La brise échancre la nuit en son aube.

    Les primevères s'empourprent de honte. Elles murmurent à l'oreille du saule en pleurs, jouent à cache-cœur dans les tendres ramures. Ballotté
    par le vent, son corps se brise dans les meurtrissures asséchées du lierre. La porte claque au nez d'une enfant. Un pas lourd résonne dans mes tempes. Un buste tatoué de larmes embrasse mes souvenirs, étreint ma main glacée. Je ne peux plus tremper ma plume dans des bourgeons naissants, ils sont souillés.

    Un regard vide m'observe par la vitre crevée. Lumière artificielle, perçante, blafarde d'écume. Je crache ma bile sur la page vierge. L'or a quitté mon regard, enfui, enfoui sous la terre profonde. Il s'asphyxie de souffle, de soufre perdu. Je me suis échouée, sur les rives de mon enfance retrouvée, en milliers de fragments de peau couvertes de plaies surinfectées. J'ai peur que ces mains ne m'atteignent encore de plein fouet. Je grelotte face au regard glacé, ébréchée de sanglots. La main va m'atteindre. Je sens son haleine fétide sur ma peau fêlée. Elle me troue de douleurs.

    ... /...


  • Commentaires

    1
    Lundi 21 Mai 2007 à 10:48
    C'est...
    ...joli et troublant en même temps, deux impressions croisées dans tes mots de ce matin... B'jour toi, bises pour retrouver ton souffle :)
    2
    Flo
    Lundi 21 Mai 2007 à 11:48
    Oui, on peut
    qualifier ça ainsi, merci Gat' et bises
    3
    Lundi 21 Mai 2007 à 15:06
    tu as
    un talent fou Flo...la puissance et la beauté de tes mots me laissent en admiration totale...dommage que ce soit la souffrance qui nous inspire parfois de si jolis poèmes..je pense bien à toi...Lili
    4
    Flo
    Lundi 21 Mai 2007 à 15:21
    Oui, Lili, c'est
    bien dommage... Bises et merci
    5
    Fiu!
    Lundi 21 Mai 2007 à 18:33
    ?
    Il y a dans tes mots cette sourde opposition entre toi qui accuse, qui montre ce qui t'a été infligé, et toi qui ressens un injuste sentiment de culpabilité.. Il est si flou, mais si pesant, tellement indéfinissable, mais tellement oppressant.. Mais au fait, quel est-il? T'accuses-tu d'avoir subi? Est-il possible à  une enfant de se révolter? T'accuses-tu de t'être tue? Est-il facile pour un enfant ou même un adulte de prendre la parole pour porter des accusations face à  son propre clan? (et pourtant tu l'as fait!)... Et peut-être te demandes-tu trop souvent pourquoi tu es en vie après tout celà ?.. Sans doute pour pouvoir un jour ne plus, simplement, les désigner par "une main, un regard, une haleine..", mais oser les nommer, les affronter; et reprendre ainsi la maîtrise de ton enfance déchirée! ..Pardon d'avoir écrit un aussi long message... Bises
    6
    Flo
    Lundi 21 Mai 2007 à 18:47
    Fiu
    simplement merci, je ne sais plus quoi dire... Bises
    7
    Lundi 21 Mai 2007 à 19:22
    bonsoir Flo...
    que de la tristese de la tristesse.....ne garde plus le silence, parle, extériorise toi, tu n'en sera que mieux. Je sais pas facile ma belle mais !!! on ne peut pas toujours vivre dans son passé, il faut maintenant que tu fonces vers l'avenir. Bises tendres
    8
    Flo
    Lundi 21 Mai 2007 à 19:32
    Quel avenir?
    quel avenir pour une personne qui a bousillé son passé et qui n'a seulement que quelques années à vivre devant elle... Et puis, parler avec qui? Je t'embrasse Saxo, prends bien soin de toi
    9
    Fiu
    Lundi 21 Mai 2007 à 22:24
    quel avenir?..
    ..celui que tu t'accorderas. Car continue à écrire tes mots du passé, jette ainsi au loin cette idée "qu'ils" te soumettent à leur bon vouloir. Tu les as démasqués... Et construis en opposant l'intensité, presque l'avidité à la durée. Bisou bulle..
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