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ECRIRE EN SILENCE...

Les maux de l'inceste

Soupirs de violettes | 21 mai 2007



Les sanglots se brisent au bout de mes doigts, bleus et gercés. Le temps, comme une engelure, fissure le creux infime de mon silence. Le ciel moite et brouillé me trouble de détresse. Ma paume, froissée de rides, se noircit au fil des saisons. Ma page vierge se marre et crève l'abcès de l'absence.

Les violettes soupirent. Leur haleine suave, chargée des embruns, fouette l'impuissance des mots de délire. Les miroirs s'affrontent en reflets de prismes. La lune se promène dans mon regard flou. Mon corps se délie sous la pointe d'une langue acérée, se fêlant d'un rire gras. La brise échancre la nuit en son aube.

Les primevères s'empourprent de honte. Elles murmurent à l'oreille du saule en pleurs, jouent à cache-cœur dans les tendres ramures. Ballotté
par le vent, son corps se brise dans les meurtrissures asséchées du lierre. La porte claque au nez d'une enfant. Un pas lourd résonne dans mes tempes. Un buste tatoué de larmes embrasse mes souvenirs, étreint ma main glacée. Je ne peux plus tremper ma plume dans des bourgeons naissants, ils sont souillés.

Un regard vide m'observe par la vitre crevée. Lumière artificielle, perçante, blafarde d'écume. Je crache ma bile sur la page vierge. L'or a quitté mon regard, enfui, enfoui sous la terre profonde. Il s'asphyxie de souffle, de soufre perdu. Je me suis échouée, sur les rives de mon enfance retrouvée, en milliers de fragments de peau couvertes de plaies surinfectées. J'ai peur que ces mains ne m'atteignent encore de plein fouet. Je grelotte face au regard glacé, ébréchée de sanglots. La main va m'atteindre. Je sens son haleine fétide sur ma peau fêlée. Elle me troue de douleurs.

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Publié par ecrirecesthurler à 10:33:05 dans Maux en prose | Commentaires (9) |

J'ai peur de toi | 18 mai 2007



Le pâle disque d'or de mes jours sans joie est revenu, déposant une pluie fine sur ma souffrance. Sourire friable comme du sable, sourire laiteux comme un ciel de traîne. Impression de recevoir un fragment du soleil, un rayon de vent. J'ouvre mes mains, comme une enfant. Le vide implore de la tendresse comme un lambeau posé sur la plaie de ma tristesse.

Vie fugace et fragile comme une fleur éphémère, corps de poussière qui se gerce de douleurs. J'ai froid. La neige brume en moi. Je perds pied. Je m'abîme dans ce gouffre, avide d'amour, avide d'enfance, celle que je ne cesse d'entendre pleurer à travers mes souvenirs marbrés.

Faiblesse incompréhensible. J'ai peur de tes pas qui s'éloignent. J'ai peur de ta voix inaudible. J'ai peur que ton souvenir ne s'efface. J'ai peur d'être poussée vers le faux monde, le monde inventé, le monde dont on ignore tout et qui pourtant nous attire. Douceur de l'oubli. Candeur froissée, quand le jadis occultait mon corps qui déjà ne m'appartenait pas.

Publié par ecrirecesthurler à 10:31:11 dans Maux en prose | Commentaires (14) |

Les gorges du silence | 16 mai 2007



Profitez de mes faiblesses, de ce désir d'amour, de ce déréglement du cœur, de ce vide à combler. Je ne peux que me haïr et haïr cette image de moi. Je voudrais tellement pouvoir hurler la souffrance qui brûle les plaies à vif comme un fer rougi. Je cherche en vain des couleurs, l'apaisement, mais les tessons de l'écho déchirent ma tristesse. Je me cherche même dans les clairs-obscurs de la lune égarée, en pleurs, aux confins de mes nuits blanches. Esseulée dans la nuit qui a perdu sa poussière d'ambre, dans la nuit qui a perdu ses étoiles comme je n'ai plus de repères.


Je me cherche dans mon côté sombre, dans mes ombres, enfouies, dans le monde que je pensais pourtant avoir enseveli. Tout se fissure. Le balancier lancinant de la guillotine a tranché le blanc silence en éclats de vermeil. La souffrance éclabousse. L'œil crevé de la nuit, pleurs à pleurs, tend ses bras. Je les repousse. J'ai mal. Je me berce de ce mal car je n'ai plus le droit de vivre. Les vieux démons bercent mes noirs desseins.


Un souffle gris gémit sur le manteau de chair, celui que je vomis chaque jour, dans les gorges du silence. Je ne supporte plus les miroirs. Mon reflet me blesse. Je ne vois plus qu'une enfant meurtrie qu'il me faut aider. Je lui tends ma main transparente mais elle se meurt un peu plus chaque jour. Dire l'indicible. Martèlement sourd au loin. Parfum de ce passé qui me boit, qui m'assaille, qui fait fuir mes aurores, de dégoût. Le clou s'enfonce inexorablement dans les chairs de mon silence.

Publié par ecrirecesthurler à 10:42:38 dans Maux en prose | Commentaires (18) |

Si facile de partir | 15 mai 2007



Des gouttes qui tombent, les unes après les autres, emportant les échos et les ondes qui rampent. Des parois qui tombent, les unes après les autres, dominos réduisant en poussière le balbutiement de ma renaissance. Des mots qui s'attachent. Des mots sans ma voix, essoufflée.

Mon regard en proie au désarroi, en croix, percute le vide, absorbe les mensonges de ma perception visuelle. J'entends des chants, glas lugubres et glaciaux, ceux de ma raison qui s'effrite, trop sensible, berçant l'illusion marécageuse de ma pensée sans ossature jusqu'à la dissoudre totalement.

Le souffle de ma voix, chuchotements en roulements entre la gorge enrouée et les larmes embuées, mes suppliques s'estompent. Si facile de partir.

Publié par ecrirecesthurler à 14:45:32 dans Maux en prose | Commentaires (12) |

Le cercle du vice | 14 mai 2007



Douceur d'une étoile éteinte, qui enveloppe les réminiscences du rien. Simili rêve qui transite sur un fond couleur soir. Allongée, livrée aux étourdissements du changement de sens. Réveil dans une réalité où raison fusionne avec perception. Tout semble nuageux.

Bercée par l'évidence vide de toute question superflue. Pressions et tensions s'entremêlent. Lianes labyrinthiques de mon moi sans racine. Je tourne en rond dans ce cercle du vice. J'échoue toujours au même endroit de ma pensée. Je perds patience. Je perds connaissance. Je sors de l'ellipse, sans un bruit, sans une douleur.

Douceur d'une étoile éteinte, qui emporte pour la dernière fois l'ordre de mes rêves. Voie libératrice. Ma coquille se referme sans un bruit, sans une douleur.

Publié par ecrirecesthurler à 15:36:43 dans Maux en prose | Commentaires (5) |

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